Troisième génération : le missile comme arme dominante
Nous entrons maintenant dans une époque où pas mal d’appareils évoqués sont encore en service. En avant pour la troisième génération d’avions de chasse ! Côté américain, la réponse au MiG-21 est le McDonnell Douglas F-4 Phantom. La nouvelle nomenclature des chasseurs US est inaugurée à ce moment-là. Le F-4 sera massivement produit et exporté parmi les alliés. Il fut utilisé par les trois corps de l’armée (Army, Navy, Air Force). En raison des défauts des missiles air-air de l’époque, il est révisé en 1965 pour être enfin doté d’un canon 20mm. Son plafond habituel est de 18 km, mais un exemplaire atteignit 30 km. Ces avions assez rudimentaires détruisirent, une journée de 1972, pas moins de 11 MiG au Vietnam. Il est utilisé aussi par l’Iran, et fut produit sous licence par Mitsubishi.

Le F-5 Freedom Fighter de Northrop est un chasseur léger qui vole pour la première fois en 1959. Le prototype pouvait voler au-delà du mur du son sans postcombustion, mais cette possibilité sera rajoutée. L’appareil vole à Mach 1.6, intègre 2 canons de 20mm et jusqu’à 3 tonnes de charges. Le sud-vietnam allié aux USA l’utilisa, tout comme l’Iran qui, avant la révolution, disposait d’armement américain dans sa lutte contre l’Irak. Ce chasseur léger et agile est en service depuis 53 ans, et est prisé parmi les patrouilles acrobatiques du monde.

Le bureau d’études Tupolev, de son côté, fournit à l’armée de l’air soviétique un chasseur lourd, le Tupolev Tu-128. Armée de 4 missiles air-air, il a le record de taille mondial pour un chasseur : 30 mètres ! Parmi ses performances, seul son rayon d’action, plus de 2500 km, sort du lot. Jamais exporté et destiné à intercepter les bombardiers de l’OTAN, il est mis à la retraite dès la fin de la guerre froide.

Une évolution du Su-9 voit aussi le jour : le Su-15, un intercepteur dont la production est lancée en 1966. C’est un bimoteur en forme de flèche, dépassant Mach 2 et destiné à l’interception. Il est tristement célèbre pour ses attaques sur des vols de Korean Airlines aux environ de l’espace aérien soviétique, en 1978 et 1983.

En Europe, la Suède fabrique en exclusivité le Saab 37 Viggen. L’avion est conçu spécifiquement pour opérer facilement, l’armée de l’air comprenant de nombreux réservistes. Il a un rayon d’action de 2000 km, et en 1968 une commande de 175 exemplaires est faite, avant même que la production commence !

Avec l’arrivée d’avions stratégiques de plus en plus rapides, l’URSS met à l’étude un intercepteur qui devra dépasser Mach 3, dotés de missiles air-air parmi les plus performants de l’époque (les R-40). Cela donne le MiG-25, qui vole en 1964 et entre en service six ans plus tard. Des centaines de ces appareils protègeront l’espace soviétique dès lors. Il servira de base à de nombreux intercepteurs russes actuels, et est resté un des seuls avions craints par le SR-71 Blackbird. Son électronique était alors à base de lampes et non de transistors. Cet aspect rudimentaire le rend plus résistant au brouillage électronique.

La même année est aussi mis en service le MiG-23, un chasseur à géométrie variable. Il a été engagé lors de l’invasion de l’Afghanistan et dans de nombreuse guerres du Moyen-Orient, notamment par la Syrie. En 1972, le MiG-27, son dérivé pour l’attaque au sol, vole pour la première fois. Il vole à Mach 2.3, et a été conçu pour décoller et atterrir sur des aérodromes petits et peu équipés. En Asie, il est utilisé par la Corée du Nord et le Vietnam, rivaux militaires de la Chine qui, certes, fabrique ses propres chasseurs sous licence, mais a déjà un train de retard sur les derniers modèles importés d’URSS.

Citons enfin deux avions portant le même nom, mais n’ayant rien à voir ! D’abord le Mirage F1 de Dassault en France, qui fait son baptême de l’air en 1966 et reste aujourd’hui partie prenante des guerres menées dans le monde. Il a été vendu à la Libye, l’Afrique du Sud, l’Irak et certains pays européens. Il dispose de deux canons 30mm en interne et porte jusqu’à 6 tonnes de modules de charges. Au Japon, le premier avion de combat fait maison depuis la défaite de 1945 est mis en service, le Mitsubishi F-1 aux caractéristiques assez modeste mais avec près de 3000 km de rayon d’action. Il est mis à la retraite en 2006 par les forces d’autodéfense.

Black projects : la recherche de la sécurité stratégique
Lockheed A-12 : le programme audacieux du U-2, l’avion espion des années 50, a bien des défauts : l’appareil est peu rapide, très difficile à manoeuvrer, et le crash de 1960 a incité la CIA à le compléter rapidement avec un nouvel avion. Ce dernier devra combiner vitesse extrême et altitude élevée pour être impossible à repérer ou, le cas échéant, à intercepter. Les recherches commencent au moins dès 1959 à Groom Lake, Nevada. Le A-12, destiné à la CIA, vole en 1962. Il est monoplace, et capable d’emporter un drone de reconnaissance D-21 capable d’une vitesse similaire à son porteur : Mach 3.

Le A-12 avait des performances exceptionnelles pour l’époque, et l’USAF fut tentée d’en faire un intercepteur. Mais c’est finalement une développement en pur avion de renseignement qui est choisi : le SR-71 Blackbird. Ses performances feraient presque croire à un appareil alien : 4800 km de rayon d’action à Mach 3, plus de 3 500 km/h, un plafond de 26 km. Il embarquait deux systèmes de radar distincts dont un cartographique, un appareil photo de pointe dans son nez, une seconde caméra thermique et un capteur d’émissions électromagnétique. Ce laboratoire d’espionnage embarqué était géré par un second opérateur pour soulager le pilote. Il garde à ce jour le record de l’avion habité le plus rapide jamais déployé en service (non expérimental). Le dernier vol pour l’Air Force eut lieu en 1995, et il ne fut réemployé que par la NASA en 1999. Cet avion est la vedette de la récente B.D. « les oiseaux noirs ».

Parmi les X-Planes, on assiste au perfectionnement des ADAV hybrides avions/hélicoptères avec le Curtiss-Wright X-19 et surtout le Bell X-22 et ses 4 rotors carénés qui ne seront pas repris sur un appareil de série.

Northrop modifie le bombardier B-66 pour créer le X-21, qui vole en 1963. L’appareil est converti en avion de reconnaissance, avec un système d’aspiration de la couche limite sensée diminuer la consommation de carburant et augmenter le rayon d’action. Ces vols sont supervisés par la NASA, à partir notamment de la base Edwards.
Schweizer met au point le X-26 Frigate en 1967, un planeur d’entraînement devant entraîner les nouveaux pilotes à la reconnaissance en basse altitude. La Navy en utilise toujours aujourd’hui, et ce motoplaneur à hélice a donné naissance à un avion similaire opérationnel pour l’US Army, le YO-34A de Lockheed.

A la fin des années 60, à l’initiative de Nixon, le programme de la navette spatiale est lancé et des recherches conjointes entre NASA et USAF aboutissent en 1969 à X-24A de Martin (qui fusionnera plus tard avec Lockheed). Son corps portant lui permet de se passer de larges ailes et d’atterrir moteurs éteints, tel un planeur. Cette idée est retenu pour la future navette, et cette forme d’avion sera reprise dans l’actuel avion spatial Dream Chaser. 4 ans plus tard, dans le même programme PILOT, c’est le X-24B qui vole à Edwards. C’est un avion-fusée à corps portant, servant lui aussi de simulateur d’atterrissage de navette.

Le X-28, destiné à la Navy, est un « bateau volant » pouvant décoller en pleine mer. Ses performances très modestes le destinaient à une fonction de garde-côtes. Il est commandé par la Navy en 1971.

En URSS, un prototype d’intercepteur, le Ye-8 de MiG, vole en 1962. Il vole à près de Mach 2. Les essais prennent fin l’année même suite à un accident. Plus intéressant, le Yakovlev Yak-36 qui, l’année suivante, montre que les russes savent faire des chasseurs à décollage vertical. Les performances sont cependant très médiocres, ce démonstrateur est subsonique, et surtout a un rayon d’action très réduit. Le Bartini Beriev VVA 14, mis au point en 1972 par un ingénieur italien, est un avion anti-sous-marins qui a vocation à détruire notamment les navires de classe Polaris américains. Fait notable en URSS, l’appareil est fortement informatisé pour l’époque, à cause du système d’armes. Il a une vitesse de croisière de 640 km/h, et resta en service jusqu’en 1987.

Soukhoi T-4 : c’est un projet de bombardier stratégique supersonique, 13 ans après la tentative du M-50. Son nez basculant le fait ressembler au Concorde. En réaction au Valkyrie américain notamment, il pouvait atteindre Mach et affichait 6000 km de rayon d’action. Le long de son développement, le T-4 est à la pointe des techniques industrielles : usinage du titane, avionique avancée… Il emportait trois missiles à capacité nucléaire, les Kh-45, qui frôlaient Mach 7 avec plus de 500 km de portée. Des évolutions (aile volante à géométrie variable) furent proposée par Soukhoi, mais le gouvernement mit fin au programme en 1975.

Nous voilà arrivés au milieu des années 1970, avec une Amérique qui va toujours plus loin dans la reconnaissance, et des russes qui excellent dans l’interception. Les outsiders, en Europe notamment (France, Suède, RU) ont déjà un savoir-faire également, mais la Chine n’est pas encore vraiment sur la scène de l’innovation. Dans la prochaine partie, l’histoire des avions de combat jusqu’en 2000 ! 🙂 A +,
Prime
















