Avions militaires #3 : autour de la guerre du Vietnam

Troisième génération : le missile comme arme dominante

Nous entrons maintenant dans une époque où pas mal d’appareils évoqués sont encore en service. En avant pour la troisième génération d’avions de chasse ! Côté américain, la réponse au MiG-21 est le McDonnell Douglas F-4 Phantom. La nouvelle nomenclature des chasseurs US est inaugurée à ce moment-là. Le F-4 sera massivement produit et exporté parmi les alliés. Il fut utilisé par les trois corps de l’armée (Army, Navy, Air Force). En raison des défauts des missiles air-air de l’époque, il est révisé en 1965 pour être enfin doté d’un canon 20mm. Son plafond habituel est de 18 km, mais un exemplaire atteignit 30 km. Ces avions assez rudimentaires détruisirent, une journée de 1972, pas moins de 11 MiG au Vietnam. Il est utilisé aussi par l’Iran, et fut produit sous licence par Mitsubishi.

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F-4 Phantom

Le F-5 Freedom Fighter de Northrop est un chasseur léger qui vole pour la première fois en 1959. Le prototype pouvait voler au-delà du mur du son sans postcombustion, mais cette possibilité sera rajoutée. L’appareil vole à Mach 1.6, intègre 2 canons de 20mm et jusqu’à 3 tonnes de charges. Le sud-vietnam allié aux USA l’utilisa, tout comme l’Iran qui, avant la révolution, disposait d’armement américain dans sa lutte contre l’Irak. Ce chasseur léger et agile est en service depuis 53 ans, et est prisé parmi les patrouilles acrobatiques du monde.

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F-5 de la patrouille acrobatique suisse

Le bureau d’études Tupolev, de son côté, fournit à l’armée de l’air soviétique un chasseur lourd, le Tupolev Tu-128. Armée de 4 missiles air-air, il a le record de taille mondial pour un chasseur : 30 mètres ! Parmi ses performances, seul son rayon d’action, plus de 2500 km, sort du lot. Jamais exporté et destiné à intercepter les bombardiers de l’OTAN, il est mis à la retraite dès la fin de la guerre froide.

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Le Tu-128, chasseur géant

Une évolution du Su-9 voit aussi le jour : le Su-15, un intercepteur dont la production est lancée en 1966. C’est un bimoteur en forme de flèche, dépassant Mach 2 et destiné à l’interception. Il est tristement célèbre pour ses attaques sur des vols de Korean Airlines aux environ de l’espace aérien soviétique, en 1978 et 1983.

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Su-15

En Europe, la Suède fabrique en exclusivité le Saab 37 Viggen. L’avion est conçu spécifiquement pour opérer facilement, l’armée de l’air comprenant de nombreux réservistes. Il a un rayon d’action de 2000 km, et en 1968 une commande de 175 exemplaires est faite, avant même que la production commence !

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Saab 37 Viggen, probablement au-dessus de la Suède

Avec l’arrivée d’avions stratégiques de plus en plus rapides, l’URSS met à l’étude un intercepteur qui devra dépasser Mach 3, dotés de missiles air-air parmi les plus performants de l’époque (les R-40). Cela donne le MiG-25, qui vole en 1964 et entre en service six ans plus tard. Des centaines de ces appareils protègeront l’espace soviétique dès lors. Il servira de base à de nombreux intercepteurs russes actuels, et est resté un des seuls avions craints par le SR-71 Blackbird. Son électronique était alors à base de lampes et non de transistors. Cet aspect rudimentaire le rend plus résistant au brouillage électronique.

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MiG-25 décollant pour une mission de nuit

La même année est aussi mis en service le MiG-23, un chasseur à géométrie variable. Il a été engagé lors de l’invasion de l’Afghanistan et dans de nombreuse guerres du Moyen-Orient, notamment par la Syrie. En 1972, le MiG-27, son dérivé pour l’attaque au sol, vole pour la première fois. Il vole à Mach 2.3, et a été conçu pour décoller et atterrir sur des aérodromes petits et peu équipés. En Asie, il est utilisé par la Corée du Nord et le Vietnam, rivaux militaires de la Chine qui, certes, fabrique ses propres chasseurs sous licence, mais a déjà un train de retard sur les derniers modèles importés d’URSS.

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MiG-23 de la flotte syrienne

Citons enfin deux avions portant le même nom, mais n’ayant rien à voir ! D’abord le Mirage F1 de Dassault en France, qui fait son baptême de l’air en 1966 et reste aujourd’hui partie prenante des guerres menées dans le monde. Il a été vendu à la Libye, l’Afrique du Sud, l’Irak et certains pays européens. Il dispose de deux canons 30mm en interne et porte jusqu’à 6 tonnes de modules de charges. Au Japon, le premier avion de combat fait maison depuis la défaite de 1945 est mis en service, le Mitsubishi F-1 aux caractéristiques assez modeste mais avec près de 3000 km de rayon d’action. Il est mis à la retraite en 2006 par les forces d’autodéfense.

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Mirage F1 en vol en montagne

Black projects : la recherche de la sécurité stratégique

Lockheed A-12 : le programme audacieux du U-2, l’avion espion des années 50, a bien des défauts : l’appareil est peu rapide, très difficile à manoeuvrer, et le crash de 1960 a incité la CIA à le compléter rapidement avec un nouvel avion. Ce dernier devra combiner vitesse extrême et altitude élevée pour être impossible à repérer ou, le cas échéant, à intercepter. Les recherches commencent au moins dès 1959 à Groom Lake, Nevada. Le A-12, destiné à la CIA, vole en 1962. Il est monoplace, et capable d’emporter un drone de reconnaissance D-21 capable d’une vitesse similaire à son porteur : Mach 3.

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Vue d’artiste du A-12

Le A-12 avait des performances exceptionnelles pour l’époque, et l’USAF fut tentée d’en faire un intercepteur. Mais c’est finalement une développement en pur avion de renseignement qui est choisi : le SR-71 Blackbird. Ses performances feraient presque croire à un appareil alien : 4800 km de rayon d’action à Mach 3, plus de 3 500 km/h, un plafond de 26 km. Il embarquait deux systèmes de radar distincts dont un cartographique, un appareil photo de pointe dans son nez, une seconde caméra thermique et un capteur d’émissions électromagnétique. Ce laboratoire d’espionnage embarqué était géré par un second opérateur pour soulager le pilote. Il garde à ce jour le record de l’avion habité le plus rapide jamais déployé en service (non expérimental). Le dernier vol pour l’Air Force eut lieu en 1995, et il ne fut réemployé que par la NASA en 1999. Cet avion est la vedette de la récente B.D. « les oiseaux noirs ».

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Blackbird et son drone D-21

Parmi les X-Planes, on assiste au perfectionnement des ADAV hybrides avions/hélicoptères avec le Curtiss-Wright X-19 et surtout le Bell X-22 et ses 4 rotors carénés qui ne seront pas repris sur un appareil de série.

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Bell X-22

Northrop modifie le bombardier B-66 pour créer le X-21, qui vole en 1963. L’appareil est converti en avion de reconnaissance, avec un système d’aspiration de la couche limite sensée diminuer la consommation de carburant et augmenter le rayon d’action. Ces vols sont supervisés par la NASA, à partir notamment de la base Edwards.

Schweizer met au point le X-26 Frigate en 1967, un planeur d’entraînement devant entraîner les nouveaux pilotes à la reconnaissance en basse altitude. La Navy en utilise toujours aujourd’hui, et ce motoplaneur à hélice a donné naissance à un avion similaire opérationnel pour l’US Army, le YO-34A de Lockheed.

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X-26

A la fin des années 60, à l’initiative de Nixon, le programme de la navette spatiale est lancé et des recherches conjointes entre NASA et USAF aboutissent en 1969 à X-24A de Martin (qui fusionnera plus tard avec Lockheed). Son corps portant lui permet de se passer de larges ailes et d’atterrir moteurs éteints, tel un planeur. Cette idée est retenu pour la future navette, et cette forme d’avion sera reprise dans l’actuel avion spatial Dream Chaser. 4 ans plus tard, dans le même programme PILOT, c’est le X-24B qui vole à Edwards. C’est un avion-fusée à corps portant, servant lui aussi de simulateur d’atterrissage de navette.

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X-24B en vol d’essai

Le X-28, destiné à la Navy, est un « bateau volant » pouvant décoller en pleine mer. Ses performances très modestes le destinaient à une fonction de garde-côtes. Il est commandé par la Navy en 1971.

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Le X-28 amphibie

En URSS, un prototype d’intercepteur, le Ye-8 de MiG, vole en 1962. Il vole à près de Mach 2. Les essais prennent fin l’année même suite à un accident. Plus intéressant, le Yakovlev Yak-36 qui, l’année suivante, montre que les russes savent faire des chasseurs à décollage vertical. Les performances sont cependant très médiocres, ce démonstrateur est subsonique, et surtout a un rayon d’action très réduit. Le Bartini Beriev VVA 14, mis au point en 1972 par un ingénieur italien, est un avion anti-sous-marins qui a vocation à détruire notamment les navires de classe Polaris américains. Fait notable en URSS, l’appareil est fortement informatisé pour l’époque, à cause du système d’armes. Il a une vitesse de croisière de 640 km/h, et resta en service jusqu’en 1987.

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Le VVA 14 montre que la spécialisation des appareils va très loin

Soukhoi T-4 : c’est un projet de bombardier stratégique supersonique, 13 ans après la tentative du M-50. Son nez basculant le fait ressembler au Concorde. En réaction au Valkyrie américain notamment, il pouvait atteindre Mach et affichait 6000 km de rayon d’action. Le long de son développement, le T-4 est à la pointe des techniques industrielles : usinage du titane, avionique avancée… Il emportait trois missiles à capacité nucléaire, les Kh-45, qui frôlaient Mach 7 avec plus de 500 km de portée. Des évolutions (aile volante à géométrie variable) furent proposée par Soukhoi, mais le gouvernement mit fin au programme en 1975.

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Le T-4, cousin énervé du Concorde

Nous voilà arrivés au milieu des années 1970, avec une Amérique qui va toujours plus loin dans la reconnaissance, et des russes qui excellent dans l’interception. Les outsiders, en Europe notamment (France, Suède, RU) ont déjà un savoir-faire également, mais la Chine n’est pas encore vraiment sur la scène de l’innovation. Dans la prochaine partie, l’histoire des avions de combat jusqu’en 2000 ! 🙂 A +,

Prime

Avions militaires #2 : la conquête de la vitesse et l’espionnage

Bonsoir Internet ! Ce soir je continue l’histoire des avions de combat en reprenant là où j’avais arrêté, au début des années 1950, pour aller jusqu’à la guerre du Vietnam. De nombreuses choses changent en une dizaine d’années, à toutes les échelles.

Deuxième génération d’avions de chasse : le supersonique se généralise rapidement

Aux Etats-Unis, c’est le F-100 Super Sabre de North American qui, en 1954, arrive avec un moteur à post-combustion de Pratt & Whitney, et armé de 4 canons. Ses problèmes de conception limitent son déploiement et dès la fin de la décennie, on ne le retrouve qu’à la garde nationale et parmi les alliés de l’OTAN. Il fut par contre déployé au Vietnam. Il a des performances similaires au F-8, déployé en 1957 sur les porte-avions de la Navy. Il vole à Mach 1.3, pour près de 1000 km de rayon d’action.

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Des Super Sabre en formation au Vietnam

Son rival soviétique, c’est le MiG-19. Mis en service en 1955, c’est un bimoteur à ailes en flèches, même si cette configuration va être de plus en plus délaissée au profit de la voilure delta encore utilisée de nos jours. Il est fabriqué sous licence par la Chine dans les années suivantes sous le nom de Shanyang J-6, qui vole en 1958. Une version « PM » (nom de code OTAN) embarque des missiles air-air à la place des canons. Combinés aux radars miniaturisés et désormais embarqués dans les avions, ils vont changer la donne du combat aérien. Cet avion a interceptés quelques appareils en URSS, mais a surtout servi dans des conflits impliqués des alliés plus ou moins proches de Moscou dans des guerres au Vietnam, Proche-Orient ou en Afrique.

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MiG-19

C’est l’époque des Century Series Fighters aux USA, qui correspond à une nomenclature des avions. On y trouve l’intercepteur Convair F-102, déployé pour escorter les B-52 au Vietnam, ou le McDonnell F-101, qui vole à Mach 1.7 (1800 km/h environ). On note aussi le Lockheed F-104, un intercepteur pas très fiable mais qui servit à l’entraînement d’astronautes.

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F-101 « Voodoo »

En France, le Dassault Super Mystère B2 est le premier chasseur supersonique européen à être industrialisé. Il est déployé en Algérie, puis dans les guerre menées par Israël dans les années 60-70. A la fin des années 50, des chasseurs sont déjà déployés sur des porte-avions, mais il s’agit généralement d’appareils d’entraînement. Le Royaume-Uni réalise aussi un chasseur aux performances impressionnantes (Mach 2.2, 1200 km de rayon d’action), le Lightning.

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Dassault Super Mystère

Mais celui qui sera la vedette des pays de l’Est dans les décennies à venir, puisqu’il sera massivement produit, c’est le MiG-21. Il fait ses vols d’essai à la fin des années 50, et rejoint les forces aériennes soviétiques en 1960. Il vole à Mach 2 et dispose d’une autonomie de 1500 km. Avare en électronique (et apprécié pour cela !), il n’emporte qu’un canon 23mm et deux missiles air-air. Sa voilure centrée, de haut, lui donne un air de fléchette. Il devient un des symboles du Pacte de Varsovie.

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Une petite ballade en MiG-21, camarades ?

X-Planes et black projects : dignes de James Bond !

En 1955, deux X-Planes voient le jour : le Bell X-2, premier appareil à franchir Mach 3, et le Ryan X-13, qui expérimente le décollage et l’atterrissage vertical. Il est rapidement abandonné, le décollage vertical sans boosters affectant les performances. Le X-2 mobilise pour la première fois, lors de son développement, la simulation informatique pour des données aérodynamiques. C’est un avion fusée pouvant voler à l’altitude faramineuse de 38 km, mais le programme est stoppé suite à un crash de l’avion en 1956.

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X-2 porté en altitude par un B-50

Les essais sur les avions fusées reprennent trois ans plus tard avec le North American X-15, dont les essais dureront près de dix ans. Le pilote Joseph Albert Walker atteint 105 kilomètres d’altitude à bord de l’un d’eux, ce qui fait du X-15, théoriquement, un avion spatial vingt ans avant la navette ! Il réussit à atteindre Mach 6.7 en 1967, avec William J. Knight comme pilote, à l’Edwards Air Force Base en Californie. C’est le premier avion hypersonique, c’est à dire pouvant dépasser Mach 5. Les performances de cet avion sont si étonnantes pour l’époque qu’il alimentera les rumeurs de son évolution en un hypothétique avion Aurora. L’enquête reste à mener sur ce point, et le X-15 ne sera déployé sur aucun théâtre d’opération.

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Photo du X-15 (NASA)

On note aussi le Bell X-14 (1957), à décollage et atterrissage vertical à l’aide de tuyères orientables. Il restera utilisé dans les années suivantes par la NASA, en raison notamment de ses commandes ressemblant à celles de la capsule Apollo. Il devient aussi un démonstrateur pour systèmes embarqués destinés aux ADAV (avions à décollage vertical). Le Hiller X-18, qui vole deux ans plus tard, profite de ces avancées et inaugure les ADAV à voilure basculante, qui combinent les avantages d’un avion et d’un hélicoptère.

L’avion espion U-2 : C’est sûrement l’appareil le plus étonnant de l’époque, avec le X-15. Ce planeur développé par Lockheed n’a qu’une seule mission : violer en toute discrétion l’espace aérien soviétique, depuis lequel il prend des photographies du sol. Il effectue son premier vol en 1955, dans la célèbre base de Groom Lake, surnommée Zone 51. Il peut voler à 21 km d’altitude, à vitesse subsonique (821 km/h) mais avec un rayon d’action de 5600 km permettant des missions au long cours démarrant loin des regards et l’objectif visé. Il n’embarque aucun armement : c’est un pur appareil de renseignement, opéré par la CIA et non par l’USAF. A l’époque, les soviétiques viennent de mettre au point le missile intercontinental, et cet avion doit trouver les sites industriel qui y sont liés à une époque où il n’existe pas encore de satellites espions. En 1960, un U-2 est abattu par un missile sol-air, mais son pilote réussit à s’éjecter, puis fut fait prisonnier. Deux ans plus tard, c’est grâce au U-2 que la CIA trouve des sites de missiles soviétiques à Cuba. Le U-2 est très difficile à manœuvrer à cause de la fourchette entre la vitesse de décrochage et de pointe était très réduite. Certains U-2 ont été fournis à Taïwan pour des missions en Chine populaire et en Corée du Nord. En 1981, l’électronique de l’avion est remise à niveau. Le U-2 devrait rester en service jusqu’en 2019, et apparaît notamment dans Call of Duty Black Ops.

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Les larges ailes du U-2, atterrissage

Côté soviétique, on a le Lavochkin La-250, un intercepteur dont le cahier des charges est : 20 km de plafond, 500 km de rayon d’action et une vitesse de près de Mach 1.2. Ses essais à partir de 1956 furent des échecs, en attendant la percée que feront les intercepteurs russes dans les années 60 avec le Tu-28. Une percée dans l’équipement radar embarqué est aussi tentée avec le Sukhoi P-1, sans succès.

Le Myasishchev M-50, qui vole en 1959, est le premier bombardier stratégique supersonique ! Ce quadrimoteur vole à près de 2000 km/h, affole la presse américaine mais ne dépassa jamais le stade expérimental, à cause de la priorité accordée aux missile et au programme spatial. Heureusement pour le B-52, son rival américain qui n’est que subsonique… Et toujours en service aujourd’hui !

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Bombardier M-50

Les années 50 sont une période unique d’avancées folles dans l’aéronautique. Les décennies suivantes seront faites d’évolutions plus progressives, la priorité étant accordée au spatial. Les chasseurs supersoniques se sont généralisés, les communications radar se perfectionnent et surtout, le renseignement devient le nerf absolu de la guerre, plus encore que la vitesse. Au prochain épisode, le rôle des différents avions au Vietnam notamment ! Je fais mon possible pour rendre cette histoire des avions toujours plus vivante et en lien avec le contexte stratégique.

Prime

Avions militaires #1 : des premiers jets allemands à la guerre de Corée

Bonjour aux lecteurs ! C’est parti, on se lance dans l’histoire de l’affrontement technologique dans les airs pendant la guerre froide. Comme vous le savez probablement, la guerre froide est la période de rivalité entre le camp occidental, mené par les USA, et le camp communiste mené par l’URSS, de 1945 jusqu’à l’effondrement du communisme en Europe après 1989. (#grossomodo) Tout cela mériterait une chrono plus précise, mais ce n’est pas le sujet ! Ici, on s’intéressera purement à l’aspect technique et stratégiques de la défense aérienne. La période est en effet propice aux dépenses militaires extravagantes, et voit apparaître la majorité de l’armement moderne actuel. Depuis, nous avons les drones et de meilleurs ordinateurs, mais dans les grandes lignes, tout s’est mis en place dès cette époque, où le moindre retard sur l’ennemi faisait craindre le pire.

Allez hop ! Assez de blabla, on veut voir les avions !

La (fausse) première génération de chasseurs et les avions stratégiques

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Lockheed P-80

Les avions sont devenus décisifs à la guerre dès 14-18, mais par convention, les avions de chasse de « première génération » sont ceux qui commencent à utiliser des réacteurs à la place des hélices. C’est le Reich qui est le premier à en déployer, on notera par exemple le Messerschmitt 262 de 1944. Il pouvait voler à près de 900 km/h. Un an plus tard, les Etats-Unis mettent en service un premier jet de chasse, le P-80 fabriqué par Lockheed, le célèbre avionneur américain basé à Burbank, en Californie.

En 1939, dans le Moscou de Staline, un bureau d’études aéronautique est créé par Mikoyan et Gourevitch. Leurs initiales donneront la dénomination MiG pour de nombreux avions de conception soviétique. Après la guerre, la récupération de technologie allemande va permettre de mettre au point un chasseur à réaction, le MiG 9. Il ne sera produit que deux ans, dans un pays encore épuisé et sujet aux pénuries d’après-guerre.

Les innovations reprennent avec l’engagement en Corée. Les chasseurs gagnent des ailes en flèche. Le F-86 Sabre de North American dépasse les 1000 km/h avec un rayon d’action de 500 km, et affronte dans le ciel coréen le nouveau chasseur rouge : le MiG 15, à l’autonomie trois fois plus élevée ! Il sera exporté en Europe de l’Est, au Vietnam, en Chine et en Corée du Nord.

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A gauche, le Sabre, à droite, le MiG 15

Les premiers bombardiers stratégiques (à long rayon d’action et emportant de lourdes charges) sont envisagés par l’Allemagne pendant la guerre. Le « Amerika Bomber », qui ne vit jamais le jour, devait atteindre et détruire la côte est-américaine. Quand la bombe atomique est mise au point, les missiles n’ont pas encore de portée suffisante, et le transport de la charge se fait par avion. L’escadron stratégique est basé, au départ, à Roswell au Nouveau-Mexique. A l’époque les tactiques de guerre aérienne sont encore loin d’être matures, et il existe peu d’avions spécialisés. Néanmoins, certains chasseurs ou bombardiers vont être convertis en avions espions, comme le Republic F-84, qui effectue de 1952 à 1956 des missions de reconnaissance qui préfigurent les avions espions des années qui suivront.

Parmi les outsiders, on note le Dassault Ouragan qui vole dès 1949, et devient le premier jet de fabrication française. Il a des performances classiques, 4 canons de 20 mm et peut emporter 900 kg de bombes. Il sera vendu à l’armée de l’air israélienne qui, ironiquement, avait fait ses débuts avec des avions de l’ex-troisième Reich. Côté britannique, le Vampire De Havilland innove en buvant le sang du pilote en pouvant décoller et atterrir convenablement depuis un porte-avion alors qu’il est équipé de réacteurs.

X-Planes et vols expérimentaux

Passons maintenant au sujet le plus croustillant : les X-Planes ! Ce sont des avions expérimentaux américains. La plupart d’entre eux ont été mis au moins par la NACA, qui devient la NASA en 1958. L’US Air Force est bien sûr impliquée dans nombre d’entre eux, certains concepts inspirant de futurs avions de série.

Le Bell X-1 : commandité par l’US Air Force, alors en pleine ascension (elle deviendra indépendante de l’US Army l’année suivante), c’est un avion fusée. Son moteur est très puissant mais limité en autonomie par rapport à un jet. Le jeune pilote Chuck Yeager atteint Mach 1.06 (environ 1300 km/h). Des vols en X-1 modifiés auront lieu 10 ans encore après cet exploit. Il prenait son envol depuis un grand avion l’ayant soulevé, comme un B-29.

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Le Northrop X-4 fait son baptême de l’air en 1948. Il a une aérodynamique novatrice. Sans empennage horizontal pour améliorer sa stabilité à haute vitesse, cet bimoteur fait ses essais à l’actuelle Edwards Air Force Base en Californie du Sud. Moins connu que le X-1, cet avion subsonique montre que les USA ont maintenant rattrapé les meilleurs travaux aérodynamiques fait par les allemands pendant la guerre avec le Me 163.

Bell X-5, l’avion à géométrie variable : il s’inspire des travaux inachevés sur le Messerschmitt P.1101. Les tests se déroulent toujours à Edwards. En 1953, le pilote d’essais meurt à cause de l’instabilité de l’appareil, la technologie des ailes mobiles n’étant pas encore 100% au point…

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Et côté soviétique ? Les projets secrets sont très difficiles à documenter de manière fiable en URSS, mais deux prototypes sortent du lot à l’époque pour leurs performances. D’abord le Yakovlev Yak-50, un intercepteur à réaction dépassant les 1100 km/h volant dès 1949. Il fut utilisé comme base de conception au futur MiG-17, qui sera déployé dix ans plus tard sur le théâtre d’opérations vietnamien. Il embarque deux mitrailleuses 23 mm.

Les soviétiques ont fait voler un avion fusée dès 1946, avec le MiG I-270, embarquant un armement contrairement au X-1, mais avec une vitesse de pointe nettement moins élevée et subsonique. Il est développé à partir du Me-263 allemand.

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MiG I-270

 

Le chasseur expérimental MiG I-350 fait son baptême de l’air en 1951 et devient le premier chasseur supersonique soviétique. A la différence du X-1, c’est un jet et non un avion fusée, ce qui lui donne un rayon d’action raisonnable. Il embarque une mitrailleuse 37mm.

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MiG I-350

Un démonstrateur censé être supersonique est construit en 1951 : le Yak-1000 et sa voilure en delta. Mais des vents latéraux intempestifs mettent fin aux tests, le projet est annulé, et le pays attendra le milieu de la décennie pour enfin s’équiper en chasseurs supersoniques.

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Yak-1000

Voilà un petit tour d’horizon de cette époque, très incomplet. Par manque de temps je n’ai pas abordé les bombardiers, les hélicos et les transports… A la base je comptais me concentrer sur les avions X, puis j’ai dérivé sur les chasseurs ! Bonne fin de semaine à tous ! 🙂

Prime