Bonsoir Internet ! Ce soir je continue l’histoire des avions de combat en reprenant là où j’avais arrêté, au début des années 1950, pour aller jusqu’à la guerre du Vietnam. De nombreuses choses changent en une dizaine d’années, à toutes les échelles.
Deuxième génération d’avions de chasse : le supersonique se généralise rapidement
Aux Etats-Unis, c’est le F-100 Super Sabre de North American qui, en 1954, arrive avec un moteur à post-combustion de Pratt & Whitney, et armé de 4 canons. Ses problèmes de conception limitent son déploiement et dès la fin de la décennie, on ne le retrouve qu’à la garde nationale et parmi les alliés de l’OTAN. Il fut par contre déployé au Vietnam. Il a des performances similaires au F-8, déployé en 1957 sur les porte-avions de la Navy. Il vole à Mach 1.3, pour près de 1000 km de rayon d’action.

Son rival soviétique, c’est le MiG-19. Mis en service en 1955, c’est un bimoteur à ailes en flèches, même si cette configuration va être de plus en plus délaissée au profit de la voilure delta encore utilisée de nos jours. Il est fabriqué sous licence par la Chine dans les années suivantes sous le nom de Shanyang J-6, qui vole en 1958. Une version « PM » (nom de code OTAN) embarque des missiles air-air à la place des canons. Combinés aux radars miniaturisés et désormais embarqués dans les avions, ils vont changer la donne du combat aérien. Cet avion a interceptés quelques appareils en URSS, mais a surtout servi dans des conflits impliqués des alliés plus ou moins proches de Moscou dans des guerres au Vietnam, Proche-Orient ou en Afrique.

C’est l’époque des Century Series Fighters aux USA, qui correspond à une nomenclature des avions. On y trouve l’intercepteur Convair F-102, déployé pour escorter les B-52 au Vietnam, ou le McDonnell F-101, qui vole à Mach 1.7 (1800 km/h environ). On note aussi le Lockheed F-104, un intercepteur pas très fiable mais qui servit à l’entraînement d’astronautes.

En France, le Dassault Super Mystère B2 est le premier chasseur supersonique européen à être industrialisé. Il est déployé en Algérie, puis dans les guerre menées par Israël dans les années 60-70. A la fin des années 50, des chasseurs sont déjà déployés sur des porte-avions, mais il s’agit généralement d’appareils d’entraînement. Le Royaume-Uni réalise aussi un chasseur aux performances impressionnantes (Mach 2.2, 1200 km de rayon d’action), le Lightning.

Mais celui qui sera la vedette des pays de l’Est dans les décennies à venir, puisqu’il sera massivement produit, c’est le MiG-21. Il fait ses vols d’essai à la fin des années 50, et rejoint les forces aériennes soviétiques en 1960. Il vole à Mach 2 et dispose d’une autonomie de 1500 km. Avare en électronique (et apprécié pour cela !), il n’emporte qu’un canon 23mm et deux missiles air-air. Sa voilure centrée, de haut, lui donne un air de fléchette. Il devient un des symboles du Pacte de Varsovie.

X-Planes et black projects : dignes de James Bond !
En 1955, deux X-Planes voient le jour : le Bell X-2, premier appareil à franchir Mach 3, et le Ryan X-13, qui expérimente le décollage et l’atterrissage vertical. Il est rapidement abandonné, le décollage vertical sans boosters affectant les performances. Le X-2 mobilise pour la première fois, lors de son développement, la simulation informatique pour des données aérodynamiques. C’est un avion fusée pouvant voler à l’altitude faramineuse de 38 km, mais le programme est stoppé suite à un crash de l’avion en 1956.

Les essais sur les avions fusées reprennent trois ans plus tard avec le North American X-15, dont les essais dureront près de dix ans. Le pilote Joseph Albert Walker atteint 105 kilomètres d’altitude à bord de l’un d’eux, ce qui fait du X-15, théoriquement, un avion spatial vingt ans avant la navette ! Il réussit à atteindre Mach 6.7 en 1967, avec William J. Knight comme pilote, à l’Edwards Air Force Base en Californie. C’est le premier avion hypersonique, c’est à dire pouvant dépasser Mach 5. Les performances de cet avion sont si étonnantes pour l’époque qu’il alimentera les rumeurs de son évolution en un hypothétique avion Aurora. L’enquête reste à mener sur ce point, et le X-15 ne sera déployé sur aucun théâtre d’opération.

On note aussi le Bell X-14 (1957), à décollage et atterrissage vertical à l’aide de tuyères orientables. Il restera utilisé dans les années suivantes par la NASA, en raison notamment de ses commandes ressemblant à celles de la capsule Apollo. Il devient aussi un démonstrateur pour systèmes embarqués destinés aux ADAV (avions à décollage vertical). Le Hiller X-18, qui vole deux ans plus tard, profite de ces avancées et inaugure les ADAV à voilure basculante, qui combinent les avantages d’un avion et d’un hélicoptère.
L’avion espion U-2 : C’est sûrement l’appareil le plus étonnant de l’époque, avec le X-15. Ce planeur développé par Lockheed n’a qu’une seule mission : violer en toute discrétion l’espace aérien soviétique, depuis lequel il prend des photographies du sol. Il effectue son premier vol en 1955, dans la célèbre base de Groom Lake, surnommée Zone 51. Il peut voler à 21 km d’altitude, à vitesse subsonique (821 km/h) mais avec un rayon d’action de 5600 km permettant des missions au long cours démarrant loin des regards et l’objectif visé. Il n’embarque aucun armement : c’est un pur appareil de renseignement, opéré par la CIA et non par l’USAF. A l’époque, les soviétiques viennent de mettre au point le missile intercontinental, et cet avion doit trouver les sites industriel qui y sont liés à une époque où il n’existe pas encore de satellites espions. En 1960, un U-2 est abattu par un missile sol-air, mais son pilote réussit à s’éjecter, puis fut fait prisonnier. Deux ans plus tard, c’est grâce au U-2 que la CIA trouve des sites de missiles soviétiques à Cuba. Le U-2 est très difficile à manœuvrer à cause de la fourchette entre la vitesse de décrochage et de pointe était très réduite. Certains U-2 ont été fournis à Taïwan pour des missions en Chine populaire et en Corée du Nord. En 1981, l’électronique de l’avion est remise à niveau. Le U-2 devrait rester en service jusqu’en 2019, et apparaît notamment dans Call of Duty Black Ops.

Côté soviétique, on a le Lavochkin La-250, un intercepteur dont le cahier des charges est : 20 km de plafond, 500 km de rayon d’action et une vitesse de près de Mach 1.2. Ses essais à partir de 1956 furent des échecs, en attendant la percée que feront les intercepteurs russes dans les années 60 avec le Tu-28. Une percée dans l’équipement radar embarqué est aussi tentée avec le Sukhoi P-1, sans succès.
Le Myasishchev M-50, qui vole en 1959, est le premier bombardier stratégique supersonique ! Ce quadrimoteur vole à près de 2000 km/h, affole la presse américaine mais ne dépassa jamais le stade expérimental, à cause de la priorité accordée aux missile et au programme spatial. Heureusement pour le B-52, son rival américain qui n’est que subsonique… Et toujours en service aujourd’hui !

Les années 50 sont une période unique d’avancées folles dans l’aéronautique. Les décennies suivantes seront faites d’évolutions plus progressives, la priorité étant accordée au spatial. Les chasseurs supersoniques se sont généralisés, les communications radar se perfectionnent et surtout, le renseignement devient le nerf absolu de la guerre, plus encore que la vitesse. Au prochain épisode, le rôle des différents avions au Vietnam notamment ! Je fais mon possible pour rendre cette histoire des avions toujours plus vivante et en lien avec le contexte stratégique.
Prime