Dans la dernière partie de la guerre froide, les progrès aéronautique vont s’axer autour de l’informatique et des technologies furtives. C’est l’avènement de la quatrième génération d’avions de combats, qui reste la plus utilisée de nos jours.
Quatrième génération de chasseurs : le marché devient mondial
Cette nouvelle génération de chasseurs est conçue depuis la fin des années 60. Le F-14 Tomcat correspond à un appel d’offre de l’US Navy, que remporta Grumman. Il est souvent considéré comme un des meilleurs avions de combat embarqués, avec un système d’armes très polyvalent, un radar puissant et une grande manœuvrabilité grâce à sa géométrie variable. Il est encore en service dans l’armée de l’air iranienne, qui avant la révolution était cliente des engins américains. Son principal engagement fut en Libye dans les années 1980.

L’embargo français sur Israël prive son armée de l’air des Mirage. Le pays se lance alors dans la conception d’un chasseur maison, le IAI Kfir mis en service en 1975. Son réacteur est fabriqué sous licence et conçu par General Electric, ce qui limita les possibilités de l’exporter. Il fut engagé d’abord dans la guerre avec le Liban en 1977.

Le F-15 Eagle, intercepteur américain : conçu pendant la guerre du Vietnam pour la supériorité aérienne, notamment en combat tournoyant (dogfight). Il commence à être mis en service dans les escadrons de l’USAF en 1976, après 4 ans de vols de test. Il jouit d’une fiabilité incroyable, presque aucun avion n’ayant été détruit à ce jour. C’est un bimoteur pouvant atteindre près de Mach 2.5, avec près de 2000 km de rayon d’action. En 1986, il est décliné en avion d’attaque au sol, le Strike Eagle, déployé pour la première fois lors de l’opération Desertstorm. Toutes versions confondues, le F-15 s’est exporté en Israël, Arabie Saoudite, Corée du Sud et Singapour.

Le F-16 Fighting Falcon est conçu à la même époque, pour fournir un nouveau chasseur léger et agile. Le prototype de General Dynamics vole en 1974, et des accords sont conclus dans l’OTAN pour produire le F-16 aussi en Europe. Les livraison arrivent en 1979, et ses premières opération se déroulent dans les forces israéliennes. En 1995, son dérivé japonais, le Mitsubishi F-2, est mis au point pour une mise en service à partir de 2000.

Le Dassault Mirage 2000 : conçu à la fin des années 70 en France. Conçu comme monoréacteur pour réduire le coût de l’avion. Il a été exporté vers de nombreux pays dans le monde, comme l’Inde, les Emirats et Taïwan. Il est engagé dans de nombreux conflits depuis les années 1990, et un exemplaire grec parvint à abattre un F-16 turc. Il peut voler à Mach 2.2, avec un plafond de 18 km. En 1988 est mise au point la version 2000N, biplace, doté d’un détecteur de terrain, d’un nouveau radar et destiné à la dissuasion nucléaire avec les missiles air-sol (ASMPA).

L’amélioration des intercepteurs soviétiques continue avec le MiG-31, code OTAN « Foxhound ». C’est un biplace, avec un opérateur radar. Il peut voler à près de Mach 3. Il a des capacités radar exceptionnelles, dues au fait qu’il existe peu de radars au sol dans des zones reculées de Sibérie. Son radar est donc plus autonome, et capable d’engager 4 cibles simultanément. Ses missiles air-air peuvent atteindre des missiles de croisière et même des satellites en basse altitude. Il ne fut jamais exporté, le Kazakhstan en ayant hérité après son indépendance. Sa mise en service en 1981 va enfin rendre le SR-71 obsolète, après des années d’invulnérabilité. Il reste une des armes russes les plus redoutables à l’heure actuelle, d’autant que sa conception le rend résistant à la guerre électronique.

Dans le même temps, le MiG-29, plus conventionnel, est mis en service en 1983. C’est la réponse au chasseur F-16, destiné à la grande production et au combat aérien. C’est un biréacteur au rayon d’action assez réduit, ce qui le destine d’abord à la défense. Il a été décliné en version biplace et engagé en combat à partir des années 90, dans l’armée yougoslave par exemple. Dans la récente guerre d’Ukraine, des avions de ce type se sont battus entre eux du fait de la guerre civile.

Le F-18 est un chasseur multirôle conçu pour l’US Navy, qui vole en 1978. Il est destiné à remplacer les chasseurs moins modernes utilisés par la Navy, mais finit aussi par éclipser le F-14 en 2006, qui avait des problèmes de fiabilité. C’est un biréacteur volant à Mach 1.8 pour un rayon d’action de 2000 km. Le retard et les annulation des programmes de chasseurs plus récents vont mener la Navy à maintenir l’appareil en service encore aujourd’hui, sous une version fortement améliorée, le « Super Hornet ». Ce dernier est doté d’un nouveau radar à antenne active.

Le Su-27, mis en service par l’URSS en 1985, est un biréacteur très manoeuvrable qui vient concurrencer le F-15 pour les pays alignés avec l’Est. Il peut exécuter des figures complexes et dangereuses en vol, et malgré quelques problèmes de jeunesse il fut amélioré en de nombreuses versions, dont le Su-33 destinés à la marine russe. Il est utilisé dans des patrouilles acrobatiques russes, et des avions sous licence sont produits en Chine à partir de 1998 sous le nom de Shenyang J-11. Certains J-11 ont une avionique et une furtivité améliorée par rapport à leur modèle.

La même année, la Royal Air Force britannique met en service le Panavia Tornado, en réponse à la modernisation des bombardiers soviétiques. C’est un intercepteur monoréacteur, dont les ailes sont à géométrie variable. Il emporte un équipage de deux personnes et peut voler jusqu’à Mach 2.2, mais a un rayon d’action assez limité pour un intercepteur. Il emporte jusqu’à 4 missiles air-air du même type, et deux types de missiles différents. Il a été exporté pour l’Arabie Saoudite.

En 1992, l’armée chinoise met en service l’avion d’attaque JH-7. Il peut emporter jusqu’à 9 tonnes de missiles air-sol et de bombes. Il est déployé par la marine chinoise, entre autres dans des exercices militaires communs avec les russes. Cet avion, dont le développement a été ordonné par Deng Xiaoping, vient répondre à un besoin d’appareil d’attaque moderne qui se faisait sentir depuis des années. La Chine disposerait d’environ 240 appareils (2014).

Le Saab JAS 39 devient le nouveau chasseur de l’armée de l’air suédoise en 1996. Il est conçu pour pouvoir utiliser des autoroutes comme pistes d’appoint. Son réacteur est proche du F-18. Il utilise aujourd’hui la norme liaison 16 pour la communication entre unités de l’OTAN. Il a été exporté en Europe, en Afrique du Sud, en Thaïlande et au Brésil entre autres.

Black projects : l’ère de la furtivité
Le projet Have Blue (F-117) : les travaux sur un avion entièrement conçu pour être furtif démarrent en 1975 à l’initiative de la DARPA, qui lance Lockheed sur le projet, portant le nom de code Hopeless Diamond puis Have Blue. Le fuselage est entièrement ciselé pour dévier les ondes radar, et l’instabilité aérodynamique qui en résulte est compensée par des commandes de vol informatisées très pointues. Les démonstrateurs volent en 1977, puis à partir de 1981 un escadron tactique basé au Nevada est associé aux test du F-117. Il est destiné à des missions d’attaque au sol de nuit. Il combine navigation inertielle et GPS, une technologie toute neuve à l’époque, que les États-Unis étaient les seuls à maîtriser.

Il était ainsi indépendant des stations radar au sol pour rester silencieux. Les deux réacteurs sont dissimulés dans le fuselage, tout comme les bombes, guidées par laser. Il est déployé à 4 reprises, à Panama en 1989, dans la guerre du Golfe où il devient célèbre, au Kosovo en 1999 où un appareil put être détruit par les Serbes, et enfin en Irak à nouveau en 2003. Il n’est plus en service aujourd’hui. Sa furtivité était exceptionnelle, mais ses médiocres performances de vol l’ont limité à des missions très spécialisées.

Le retour des bombardiers stratégiques : Avec l’avènement du missile comme roi de la dissuasion nucléaire, nombre de militaires crurent l’avion stratégique obsolète, du simple fait de sa vitesse, depuis les années 1960. Il faut ajouter que le système antiaérien soviétique se perfectionnait d’année en année, au point que seuls les avions tels que le Blackbird pouvaient s’y aventurer clandestinement. Une nouvelle génération d’appareils est mise à l’étude en 1978 sous l’administration Carter qui suspend le B-1, pourtant à ce jour le seul bombardier stratégique supersonique de l’USAF jamais en service. Pour une furtivité optimale, le B-2 reprend le concept d’aile volante, cette fois conçu par ordinateur. Le B-2 ne concurrence pas le missile sur son terrain qu’est la vitesse, mais mêle missions de dissuasion et renseignement, avec des équipements de guerre électronique.

En 1982, Northrop fait voler le démonstrateur Tacit Blue pour faire le point sur de nombreuses technologies furtives. L’appareil bat tous les records de coûts, estimé à 2 milliards de dollars l’unité si on compte la R&D et l’entretien ! Il a une signature radar, mais aussi thermique et visuelle minimale. Il est dévoilé au public en 1988, puis accomplit son premier vol dans sa version définitive. Son premier déploiement a lieu en 1997 dans la guerre de Yougoslavie. Il sert ensuite, jusqu’à aujourd’hui, dans les différentes guerres que mène les États-Unis au Moyen-Orient. Il dispose de 11 000 km de rayon d’action, ce qui lui permet de faire un quasi-tour du monde. Il est subsonique, croisant à environ 900 km/h.

Quelques X-Planes :
Grumman X-29 (1984) : démonstrateur à ailes en flèche inversée, volontairement instable afin de tester les progrès des commandes de vol informatisées.
Rockwell X-31 (1990) : cet avion a été fait, première pour un X-Plane, en partenariat avec une firme étrangère, l’allemand MBB. Cet avions d’essais visait à faire progresser la manoeuvrabilité des chasseurs, avec des recherches sur la poussée vectorielle, c’est-à-dire l’orientabilité du jet des turboréacteurs.

McDonnel Douglas X-36 (1997) : cet avion est en fait resté à l’état de miniature volante, pour le compte de la NASA. C’est un concept de chasseur sans empennage, piloté depuis le sol via un cockpit virtuel.
La grande majorité des avions abordés ici sont toujours en service et ne sont aucunement délaissés par les tactiques employées. En effet, les programmes de dernière génération dépassent souvent les budgets et les délais, et une modernisation d’appareils existants est souvent aussi la règle, comme récemment pour les F-18 de la Navy. La prochaine fois, nous verrons quand même les tout derniers appareils mis au point, ainsi que l’ère des drones qui s’ouvre dans notre nouveau siècle. Bonne soirée ! Je vous laisse en teaser l’image du drone Global Hawk qui annonce le prochain chapitre.

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