Les BATX, les GAFA chinois qui veulent la peau de la Silicon Valley

Xiaomi-Fastboot-696x355

Un spectre plane sur l’Asie. Le spectre des BATX. Tous les représentants de la vieille Amérique se sont déjà ligués contre lui : Tim Cook, Mark Zuckerberg et le pape du transhumanisme de Google, Ray Kurzweil. Smartphones de tous les pays, saluez Xiaomi !!

BATX signifie Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi. Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Xiaomi vient en effet d’arriver sur le marché français et a ouvert une boutique physique à Paris. Zoom sur ces quatre dragons chinois peu médiatisés, mais qui veulent faire la peau à tous les géants de l’internet américain que l’on connaît. Ces acteurs sortent de l’ombre et ne se contentent plus de « faire comme » les GAFA en version censurée et adaptée au marché chinois. Ils veulent conquérir le monde (comme Cortex dans le dessin animé).

sns-baidu-account-registration
En Chine, Baidu est le seul endroit où tu peux taper Chuck Norris.

Baidu est l’équivalent chinois de Google, et est le premier moteur de recherche du pays. Son logo est un empreinte de panda, ce qui le rend forcément sympathique auprès de l’occidental moyen malgré la censure qu’il exerce. Il a été fondé en 2000, et son siège est à Beijing, à proximité du siège du pouvoir communiste. Depuis 2006, Baidu administre une encyclopédie en ligne destinée à remplacer Wikipédia auprès des utilisateurs chinois. Son patron, Robin Li, a été nommé le mois dernier à une commission destinée à « défendre les valeurs centrales du socialisme ». En effet, qui de mieux placé qu’un milliardaire pour cela. Baidu employait 42 000 personnes en 2017 et réalisait un chiffre d’affaires de 84 milliards de yuans. Il propose tous les services équivalents à Google, et parfois plus : maps, version d’Android, algos de recherche avancés et spécifiques au mandarin, etc.

Alibaba est peut-être le plus connu en France. On y a recours lorsqu’on commande un gadget trop cher sur Amazon, avec AliExpress. Son patron, le charismatique Jack Ma, est l’emblème du self made man chinois. Il semble la jouer fine avec le gouvernement chinois, en acceptant la censure tout en recherchant un maximum de liberté économique. Alibaba a lancé son propre système pour smartphones distinct d’Android. A l’instar d’Amazon, Alibaba propose des services cloud parmi les plus avancés pour les professionnels en Chine. Et comme Apple, il propose un service de paiement sous son contrôle. L’entreprise investit depuis 4 ans dans le sport et la santé.

Alibaba executive chairman Jack Ma, attends the annual meeting of the World Economic Forum (WEF) in Davos
Jack Ma se plaît à raconter qu’il aurait été refusé à 30 postes différents avant de devenir l’homme d’affaires que l’on connaît.

Tencent : fondée en 1998, c’est l’entreprise qui est derrière WeChat, l’application à tout faire des chinois. Messagerie, drague, paiement, commodités en tout genre : c’est leur mouchard national ayant su se rendre indispensable, l’équivalent de notre Facebook. Ce dernier est d’ailleurs interdit en Chine, simple mesure protectionniste et stratégique. Il est assez surréaliste de noter que cette corporation, inconnue du grand public en France, est la plus riche de toute l’Asie en janvier 2018. Tencent investit dans l’immobilier, l’assurance, le gaming (avec des MMORPG exclusifs à la Chine), le streaming de musique et bien sûr les réseaux sociaux. Son siège se situe à Shenzhen, la mégapole high-tech du sud du pays. Mais elle dispose de bureaux aux îles Cayman également ! Son PDG est Ma Huateng, homme le plus riche de Chine en 2014.

ma-huateng
Ma Huateng serait-il un fan de Linux ?

On termine avec Xiaomi, l’Apple chinois (oui c’est méchant je sais). Cette boîte est bien plus récente que les autres, elle voit le jour en 2010 alors que les smartphone ont déjà conquis une bonne partie du monde. Xiaomi a un objectif dans le collimateur : renverser la donne sur le marché des smartphones, tablettes et autres gadgets. Sur ce marché dominé par la Corée (Samsung, LG) et dans une moindre mesure Apple et Sony, le chinois a un argument : un rapport prix/performances jamais vu, et que j’ai pu apprécier lorsque j’ai importé un Mi 5s l’an passé. Une fois la ROM passée en français, je me retrouvai avec un smartphone qui m’aurait coûté le double chez un constructeur coréen. Xiaomi propose sa propre version d’Android, améliorant l’expérience utilisateur avec une surcouche nommé MIUI, qui propose des logiciels de sécurité et une personnalisation poussée. En revanche, les USA soupçonnent que Xiaomi, et Huawei/Lenovo incluent des spywares dans leurs produits, ce qui est très probable. Les USA en connaissent d’ailleurs un rayon là-dessus. Son PDG est Lei Jun.

boutique-xiaomi-france-07
Boutique Xiaomi à Paris, ouverte en 2018.

Bref, concluons. Il y a huit ans j’ai eu l’occasion de voyager en Chine et d’observer l’offre high-tech. Contrefaçons de MacBook faisant tourner un Windows XP piraté, faux iPhone sous Android 1.x et fausses PSP avec émulateurs de vieilles consoles ornaient les étalages. Bien sûr il y avait aussi les marques occidentales, onéreuses, mais aujourd’hui nous avons vraiment changé d’époque. La Chine est une puissance non seulement industrielle, mais technologique, et investit beaucoup dans l’informatique et la sécurité, tirée par ses entrepreneurs et l’ambition de son armée. Si je me souviens, l’empire du Milieu compte même se passer de Windows à partir de 2020 en imposant une version modifiée d’Ubuntu sur les PC neufs. La Chine pourrait bien se passer de Microsoft à moyen terme, et Perfect World (le steam chinois) a passé un accord avec Valve pour le gaming. Ajoutez à cela une centralisation de fait de la puissance de minage des cryptomonnaies en Chine, et vous comprendrez qu’un guerre froide high tech entre la Chine et les USA a déjà commencé.

01 Live CD boot menu