American Sands

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Death Valley National Park, cred. Mark Cote

Depuis plusieurs heures le V8 Dodge ronronne, impression des pneus sur la route tantôt aride, tantôt mouillée d’une pluie évaporée. Gaz d’échappement dans le froid brutal du Colorado, gaz fossile dansant là où la foudre tomba.

Les Rocheuses nous observent sous leur fard glacial. La nuit est multiface. Sodium à New-York, symphonie corp en néon majeur à Atlanta, électromagnétisme occulte ici, prémice du feu nucléaire au Nouveau-Mexique , meurtre à Los Angeles, après que le soleil ait disparu dans le Pacifique, emportant loin de nos yeux les germes de la guerre.

Je rêve du Pacifique mais les Rocheuses me barrent la route. La paix viendra après la guerre, la guerre n’est même pas déclarée. Aucun mot ne vient troubler Sunset Boulevard quand vient l’heure du crime, aucun crotale ne mord le souvenir amer de Los Alamos, aucune lèvre ne comprend le breuvage acide d’Atlanta, aucun homme ne porterait la couronne d’épines de la Liberté. Les deux océans grandissent en moi, ils me séparent par la roche et le feu.

Liquide des vies passées en combustion critique dans les sables de feu de l’Arizona, les Rocheuses sont franchies, la Dodge éclaire à blanc la nuit-fournaise sous sa gueule chromée de squale. Dans quelques nuits, la Californie. Sismique et incendiaire comme un moteur de muscle, au bord du big one qui lui reprendra tout. Son or, son huile, son acide.