
Pour le déroulement des événements, voir Wikipédia.
Depuis de nombreux mois maintenant, de grandes manifestations font rage à Hong-Kong, à la base contre un projet de loi d’extradition. Le timing coïncide avec les gilets jaunes qui secouent (secouaient ?) la capitale française. La nature du mouvement n’a cependant rien à voir : ici on a une population surqualifiée concentrée dans une ville-monde qui refuse de se fondre dans la masse chinoise contrôlée par le Parti. De l’autre, on a au contraire des classes moyennes plus ou moins rurales qui se révoltent contre la République qui semble oublier les marges du pays au profit des métropoles.
The Social Not Work
Les moyens de communication employés par les manifestants ne sont pas non plus les mêmes. Les manifestants de HK savent qu’ils ont en face d’eux, derrière l’exécutif semi-fantoche de leur cité le plus puissant état totalitaire du monde, qui utilise les BATX comme matrice de contrôle social, sans séparation nette entre Parti et secteur privé. Ils ne font donc aucune confiance à WeChat & cie et communiquent désormais par messagerie cryptée voire en hors-ligne, via bluetooth. Pendant ce temps, en France, les GAFA continuent d’être utilisés. Ni la France ni l’Europe n’ont de souveraineté numérique, et leur emprise sur Facebook se limite à les supplier de payer une partie des leurs impôts, année après année. Ce qui n’aurait certes aucune chance de se produire en Chine.
Une histoire de la violence
Le mouvement hong-kongais est clairement plus violent que les GJ, alors que le pays connaît une très basse délinquance et une culture de la discipline que n’a pas effacé le libéralisme. En 2014, la révolution des parapluies était beaucoup plus gentille mais cinq ans plus tard, il y a comme une urgence de se confronter à Pékin sans rien attendre d’une échéance officielle.

Nous sommes trente ans après la chute du mur de Berlin (a.k.a la mort du communisme en Europe) mais aussi du massacre des étudiants place Tian’anmen à Pékin. Une génération plus tard, c’est Hong-Kong qui s’apprête à devenir la cible de l’armée chinoise, qui masse ses véhicules à la frontière, aux abords de Shenzhen. Il n’y a qu’un pont à passer.
Le piège de Thucydide
Il y a bien sûr l’hypothèse de la cinquième colonne, style CIA. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les USA ont statué sur la menace numéro un pesant sur eux : la Chine plutôt que la Russie. L’ancien suzerain de Hong-Kong, le Royaume-Uni, semble en revanche assez largué du jeu pour des raisons évidentes de chats bruxellois à fouetter. En fait, leur futur proche est tellement incertain que la bourse de HK, fusionnée à Shenzhen récemment, a même fait une proposition pour racheter la City. Le respect est mort.
Bref, seuls les États-Unis et Taïwan semblent vouloir contrer l’annexion finale de Hong-Kong, par la diplomatie pour l’instant. Mais le droit international n’est respecté d’aucun côté, une ingérence répondant à une autre. Les manifestants ont été vus brandissant Union Jack et drapeaux américains, au son de slogans anticommunistes et dans un drôle de mix de masques et de memes internet. En Occident, les manifestations tendent plutôt à casser du symbole capitaliste US, sur la base d’antagonismes remontant au Manifeste de Karl Marx. Là encore, on mesure le décrochage de l’Europe, qui est en fait logique. Ce n’est plus elle la grande scène. Elle a basculé en Asie Pacifique, entre une puissance établie, les USA, et la Chine qui les met au défi.
Liberté plus rare, donc plus chère
Comment un mouvement localisé peut-il être si décisif pour les deux puissances ? Hong-Kong c’est la finance, les triades, de l’import et beaucoup d’export, un mode de vie à part qui piquait la curiosité des touristes chinois et des entrepreneurs occidentaux. Un nouveau type de conflit a éclaté, concentré sur une aire urbaine, ultra-technologique et sous l’ombre portée d’un social credit system digne de Psycho-Pass. Les minorités religieuses et tous ceux qui ouvrent un peu trop leurs gueules ou leurs livres pourront s’inquiéter sous le mandat terrestre de Xi. Si le dictateur réussit son coup, il ne restera plus que trois démocraties en Extrême-Orient. Ou deux et demi.