Prométhéens contre collapsologues : la guerre déjà commencée ?

Laurent Alexandre, médecin et leader francophone du transhumanisme, clashe les bioconservateurs du RN à Fréjus. La gauche comme la droite se laissent séduire par le discours décliniste, tandis qu’à terme c’est le clivage H+ vs biocons qui va émerger.

L’écologie est dans l’air du temps. Une fois qu’on a dit ça, on a enfoncé une porte, on l’a même fait voler hors de ses gonds. L’année 2018 aura été celle de Greta Thunberg, 2019 celle d’Extinction Rebellion et des grèves pour le climat. Les résultats électoraux tout frais en France, dans la période de morosité, et même de stase qu’a été le confinement, montre que l’écologisme est maintenant la principale force dans le camp dit progressiste (à gauche en géométrie parlementaire). Le moindre emballage alimentaire ou équipement urbain nous invite à réduire notre impact environnemental. Mais tandis que nos politiciens mainstream, captifs des échéances et des caméras TV, sont sommés de donner des gages bon enfant aux lobbies verts (Vélib, cantines bio, etc), une toute autre mouvance se dessine. Celle des antispécistes qui veulent en finir avec l’homme tout court, des collapsologues convaincus que les derniers temps de l’humanité et de sa puissance sont arrivés. Nous serions devenus trop grands par rapport à la planète, naïvement personnifiée. Ces défenseurs des animaux, qui disent que la propriété privée nous pervertit, nous jugent trop dominants, territoriaux. Bref, trop animaux. Et le plus scandaleux, c’est qu’on en a conscience.

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A présent que homo sapiens a Internet, un véhicule personnel lui permettant de parcourir 500 km, un environnement plutôt sûr physiquement pour lui et sa famille, des soins et au moins dix ans de scolarisation, il voudrait tout bazarder ? Pas si vite, disent les gilets jaunes, dont la colère est née non pas du prix de marché, mais de la taxation de l’énergie. Cette crise de mauvaise conscience s’exprime surtout chez les plus instruits, à cause de raisons plus vastes. Nos traditions n’existent plus qu’à l’état de trace (les chrétiens connaissent très peu leur religion et n’en croient plus un dixième) et les idées libertaires, venues les remplacer, semblent peu adaptées au plus grand nombre. La nature avec un grand N n’existe presque plus, y compris à la campagne où les bocages, eux-même artificiels, ont laissé la place à des terres stériles à haut rendement. Même intimement, nous ne sommes pas réellement nous-mêmes lorsque nous passons 4 à 5 heures par jour -sans même compter le travail- devant un écran, et que chaque déplacement d’un point A à un point B suppose des AirPods aux oreilles.

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Construction du tokamak du projet ITER, à Cadarache (Bouches-du-Rhône). Les écolos s’en prendront-ils à la fusion nucléaire comme à la fission actuellement ?

Pour autant, avons-nous le choix ? Oui, mais non. L’IA et le nucléaire sont comme la poudre à canon : on peut soit les adopter soit être colonisé par d’autres qui le feront. A moins de vouloir marcher dans les pas des amérindiens réfractaires (et tous ne l’étaient pas) et de leur destin héroïque et funeste, je ne vois pas de raison d’opter pour la décroissance. Sauf peut-être à titre temporaire et plus sur le plan démographique, pour éviter la saturation de la Terre le temps que notre présence dans l’espace se consolide. Et encore, il faudra être vigilant à ce que les savoir-faire techniques ne se perdent pas. Ce qui a brûlé à Alexandrie ne sera peut-être jamais retrouvé ; autant éviter de répéter l’erreur.

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Le discours prométhéen n’est pas facile à entendre. L’idée que la fusion nucléaire soit plus importante que le changement climatique ne vous fera pas élire dans un futur proche. Pourtant toutes les puissances montantes, surtout la Chine, s’en réclament ouvertement. Les décroissants les plus radicaux sont probablement des outils aux mains de personnes plus pragmatiques. L’Ouest et la Chine se sont rejoints, pendant le confinement, sur l’idée d’un capitalisme de connivence avec des traits autoritaires de plus en plus marqués. Mais on a le pire sans avoir les avantages. Là où les États eurasiens fixent un cap et développent sur 30, 50 ans leur route de la soie à coups de milliards, l’Europe reste spectatrice de sa désindustrialisation, sous les injonctions d’ONG et de technocrates verts, souvent proches de la finance mais pas de l’économie réelle.

L’idée que nous sommes des mutants, comme tout ce qui vit, et même des auto-mutants avec un besoin paradoxal de conservation et d’héritage devrait nous éloigner de ceux qui veulent faire de nous des statues immuables ou des larves de la société liquide. Greta Thunberg ne représente qu’une interprétation morale, sélective et paralysante de l’anthropocène. Je prends la liberté d’être sceptique sur cette interprétation et de lui préférer Von Braun, Korolev et Musk. Pas des enfants de chœur, mais des adultes en action.

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