
L’Amérique n’a pas de centre. La notion de province n’y a pas de sens, à la capitale versus la province, elle oppose des États organisés en grappes, en clusters dont les hubs locaux sont assez grands pour se sentir loin de Washington D.C., auquel ils consentent seulement leur allégeance.
Le centre est partout et nulle part.
Pour cette raison, l’Amérique est une guerre civile, donc un prototype de l’internet.
Il n’y a pas de pape en Amérique. Il y a une foule de sectes en libre concurrence, puritaines et libérales à la fois, des églises de Schrödinger.
Il n’y a pas de pape en Amérique. C’est à peine s’il y a un président. Le droit est roi, dans ce pays sous stéroïdes qui semble marcher de travers, culturiste ivre, comme un Schwarzenegger en vacances en France qui aurait trop bu de nos vins.

Le script américain suit son cours sur le monde californiqué, en manque de piment depuis les confinements. Retrait d’Afghanistan, retrait de l’Occident oxydé par sa guerre bourbier contre el famoso « invisible enemy », prétexte éternel au monde sécuritaire marketé par les boomers de nos démocraties sur le retour.
Ils ont connu les voitures sans ceintures. Le punk rock. Le sexe avant le SIDA. Les cités où les femmes n’étaient pas obligées de sortir voilées. Ils nous vendent le distanciel. La lâcheté devant toutes les intransigeances religieuses et puritaines. La contrôle social à la chinoise, coming soon on August 9th, parce que « l’autoritarisme quand même, ça a du bon ».

Né en 1992. Au lycée pendant la chute de Lehman Brothers, toute notre classe a vu l’oncle Sam se casser la gueule sur les pompes de l’Europe, vieille femme sortie de l’histoire, de la guerre, de l’action, du tragique. J’ai vu la Grèce se faire découper, « plan de sauvetage » après « plan de sauvetage ». Maintenant l’Italie, et bientôt la France ne posséderont plus leurs ports. (pas le cochon hein, les ports de commerce).
Je stoppe net ici la liste des renoncements qui caractérisent la province France, avec tout le respect que j’ai pour le mur des lamentations. Le soleil se lève… nulle part pour l’instant. Au moins ne se couche-t-il pas encore en Extrême-Orient (remember : 日本), et au moins les étoiles, elles, se soulèvent à coup de moteurs raptors et de futurs chantiers spatiaux, qui reposent, incandescents, sur la planche à dessin de quelque entrepreneur à l’ego malade mais au cœur battant – battant la mesure pour ses employés, probablement pas aux 35h -.
Qu’est-ce qui attend la France ? Une élection de merde dans 10 mois et des épisodes fillers entre-temps, on s’en tape. Qu’est-ce qui attend l’Amérique ? Beaucoup de merde aussi, mais l’obligation de regarder vers la guerre mutante qui se profile dans le Pacifique entre elle et son collier d’alliés d’une part, et un dragon néocommuniste en face. ça promet…
Dans le même temps, le nouveau monde se fixera pour but de devenir l’ancien. Le nouveau monde n’est pas un continent, ce n’est qu’une promesse, une cible mouvante pour l’empire-sniper du temps présent, simple outil passager de l’histoire. Les balles qu’il envoie vers le ciel sont nos astronautes.
Une fusée transporte un homme ou une bombe. Les pionniers sont les deux.
Le saut de puce de Jeff Bezos ne serait qu’un banal caprice de milliardaire s’il n’y avait pas deux autres individus significatifs à bord : Wally Funk, une vénérable femme qui renoue l’époque qui s’ouvre au rêve d’infini des années 60, et Olivier Daemen, le plus jeune homme à avoir atteint l’espace, qui n’a même pas 18 ans à l’heure où j’écris ces lignes.

Bref, en ces temps où on nous prend pour des hamsters domestiques, occupons les rues si nous sommes véners, mais surtout occupons-nous nous-mêmes et occupons l’univers. Vikings, chinois, anglo-saxons, polynésiens, floridiens de Cap Canaveral, c’est toujours la même rengaine : prenons un bateau et barrons-nous quand il le faudra !
