
A quoi ressemblera la conquête spatiale dans 35 ans ? Si il semble probable que l’humanité ne sera pas encore tout à fait multiplanétaire (j’imagine au mieux quelques centaines d’individus, une petite élite scientifique, résider de manière ponctuelle ou semi-permanente sur Mars comme en Antarctique actuellement), la Lune en revanche devrait commencer à changer de visage peu à peu avec la présence humaine, surtout au Pôle Sud, que toutes les puissances spatiales majeures visent désormais. Exploitation du régolithe, de l’hélium 3 si nous avons enfin percé le secret de la fusion nucléaire rentable. Les véhicules tout-terrain pressurisés, et des antennes de radiotéléscope et de communication avec la Terre (avec un ping incompressible d’environ moins 1 seconde avec notre planète du fait de la distance Terre-Lune) hérisseront notre satellite. La Lune pourrait compter quelques milliers d’habitants, extrêmement qualifiés et en moyenne plus âgés que sur Terre, mais peu de personnes très âgées ou malade du fait des rudes conditions de vie pour s’adapter à la faible gravité.
Le starship et ses evolutions toujours en service, des vaisseaux next-gen NUCLEAIRES ET A GRAVITE

La guerre mondiale ayant sévi de 2022 à 2030 aura accéléré les recherches en matière d’indépendance et de densité énergétique. Si le Starship, mis au point par SpaceX au début du conflit, continue de faire des émules, à la fin des années 2030 l’Inde annonce travailler sur un vaisseau au thorium, et quelques années plus tard on retrouve l’idée exploitée et mise à l’échelle dans les usines géantes de SpaceX et Blue Origin, en Floride et au Texas. Dans la décennie 2040, c’est au tour de la Chine de faire de rapides progrès dans les vaisseaux voyageurs, une nouvelle classe d’engins dont les quartiers habitables dépassent les 100 mètres, l’abandon de la propulsion chimique au profit du nucléaire dans le vide spatial libérant énormément d’espace. On devrait se retrouver avec des vaisseaux dont les dimensions approchent désormais ce que l’on voit dans Alien. Par conséquent, une véritable vie de bord se met en place dans les vaisseaux. Pas encore de grands navires civils transportant le grand public vers des destinations touristiques ou des villes outre-espace, mais plus du registre des grands sous-marins nucléaires actuels avec réfectoire, salle de sport, et petits hangars à matériel accessible par le personnel. On pourrait emporter alors 50 à 100 hommes maximum à bord. La gravité artificielle, permise par exemple par une roue en rotation, permettra la médecine à bord et une meilleure santé des équipages sur des missions de plusieurs mois.
LA PLUS GRANDE REVOLUTION : LE MINAGE D’ASTEROIDES
Il existe 3 grands types d’astéroïdes dans le système solaire au niveau chimique : le type C (Chondrites), les plus courants, qui contiennent surtout du carbone mais aussi parfois de la glace d’eau. Ceux de type S (Silicates), contenant du silicate principalement. Ils serviraient à avoir du sabre, du béton et du verre en quantité. Enfin les astéroïdes de type M contiennent principalement du métal, notamment du fer. Le platine, le nickel, le cobalt et l’or sont également présents dans des astéroïdes. Si le minage en lui-même sera extrêmement onéreux surtout au début, c’est aussi sur le transport et le système logistique qu’il y aura une marge immense d’économie. Lorsque nous aurons des vaisseaux cargos au tonnage décuplé, le secteur primaire se trouvera bouleversé. Faut-il alors investir dès maintenant dans certaines start-up qui veulent aller forer la ceinture d’astéroïdes ? 🙂
LA LUNE, COLONIE DES NATIONS-UNIES

S’il me paraît un peu tôt pour envisager une unité politique planétaire pour 2060, je pense que les USA mèneront l’effort colonial sur la Lune au nom des Nations Unies, même s’il est possible que la Chine, si elle redevient belliqueuse après sa défaite dans la guerre qui vient, aie sa propre base. On aurait alors une grande base de l’ordre de quelques milliers de personnes tout au plus, scientifiques, diplomates (la Lune serait un terrain « neutre » idéal pour régler les conflits sur Terre avec un peu de recul) et peut-être biologistes voire linguistes en cas de contact extraterrestre où une intelligence est identifiable. Je pense qu’il faut davantage s’attendre à un contexte de fort pouvoir de l’état, façon The Expanse, qu’à un capitalisme spatial développé et peu régulé, les idées libérales étant peu en vogue dans cette période d’entre-guerres mondiales (Occident vs Chine/Russie dans les années 2020, Occident élargi à la Russie contre Chine puis empire Turc d’Asie Centrale plus tard dans notre siècle). La capitale lunaire ne sera pas encore un New-York, Singapour ou un quelconque eldorado financier, même si les générations suivantes pourraient connaître cela (voir la visual novel World End Economica).
ORBITE PROCHE DE LA TERRE : CHANTIERS NAVALS ET STATIONS A GRAVITE
Avant même le peuplement de la Lune, ce sera la basse et moyenne orbite qui commencera à se peupler, avec ici par contre potentiellement des dizaines de milliers d’habitants. Les stations spatiales, depuis la fin de l’ISS en 2030, sont opérées majoritairement par le secteur privé qui opère une sélection stricte des personnes admises à habiter en orbite. La résidence semi-permanente devient possible avec les progrès de la médecine anti-radiations, de la recherche sur le cancer et du blindage contre les rayons cosmiques. La médecine est totalement pratiquable à bord, ce qui signifie que pour la première fois, des humains naissent en orbite. Dans les années 2030, la station Voyager posait un nouveau standard avec une roue de 500 mètres de diamètre, une capacité de 150 personnes. On verrait ensuite des évolutions incrémentales avec des stations à plusieurs anneaux, dont chacun pourrait dépasser le kilomètre de diamètre et qui pourraient comporter plusieurs ensembles concentriques, permettant des colonies dépassant les 500 personnes à la veille du second conflit Occident-Chine, vingt ans plus tard.
Voir mon article précédent parlant de la station Voyager.
La Chine, avec une politique militariste et volontariste au niveau de l’ingénierie, et motivée par sa densité de population, pourrait lancer une station d’un nouveau type pendant la guerre, tubulaire comme dans les vues d’artistes de science-fiction, avec une population à bord dépassant les 1000 à 2000 personnes, une automatisation très avancée permettant de faire tourner une ville et des parcs de nature artificielle. Cela pourrait aussi constituer pour la première fois une « arche de sauvegarde » de l’humanité dans l’esprit de ses concepteurs, la station embarquant du matériel génétique humain, peu encombrant par rapport à sa population. En pratique cependant, la station n’aurait pas complètement le temps d’être opérée et servira d’inspiration pour l’habitat spatial du XXII° siècle. Elle reste aussi en grande partie dépendante de la Terre, avec un ascenseur spatial toujours pas opérationnel. Les lanceurs réutilisables et avions spatiaux restent la norme.
LA PRODUCTION D’ENERGIE EN ORBITE

La guerre contre la Russie au début du siècle aura fait prendre conscience de la fragilité de l’approvisionnement énergétique, et en réaction à l’imprévoyance et au court-termisme de l’Occident avant-guerre, un effort est fait pour la rénovation de la fission nucléaire, mais aussi pour la recherche sur la fusion et pour profiter des énergies renouvelables… Mais pas n’importe comment. Si le rendement du solaire est très médiocre sur Terre, des immenses panneaux situés dans l’espaces ne seraient plus gênés par le voile de notre atmosphère et pourraient rediriger l’énergie qu’ils produisent vers des points de captation sur Terre. Il serait dangereux de se trouver sur la trajectoire d’un tel flux d’énergie, mais cela serait une très bonne solution de transition en attendant la fusion.
LES NOUVELLES PUISSANCES SPATIALES

Dans les décennies qui viennent, l’Inde, qui vient de faire atterrir son rover sur la Lune, pourrait devenir bien plus puissante, peut-être deuxième mondial après les USA. L’Indonésie et l’Australie, motivés par le succès de leur voisin chinois et portés par une bonne croissance économique, pourraient emboîter le pas. D’autant plus que la Chine mettrait un moment pour se remettre de sa défaite militaire et de la chute du PCC. Le Brésil, mêlé aux affaires du Centre Spatial Guyanais de moins en moins sous unique influence européenne, et idéalement positionné sur l’Equateur, pourrait aussi voir fleurir des spatioports. En Europe, au fur et à mesure que le vieux continent perdra en influence sur le reste du monde, les spatioports nordiques (population peu dense, orbite polaire) se développeront considérablement. Aux USA, Floride et Texas devraient rester les deux centre majeurs de l’ingénierie spatiale, désormais presque entièrement privatisée. Enfin, en extrême-Orient, partie du monde la plus qualifiée et avancée technologiquement, on planche sur les stations du futur, bien plus grandes, et surtout sur le rêve d’un ascenseur spatial. Sous la main de fer de la Chine, qui annexera une bonne partie de l’Asie Pacifique et soumettra même un temps l’Australie, certains concepts seront concrétisés mais n’auront pas le temps d’être pleinement développés à cause de la guerre.

Bref, en 2060, nous serions plus une civilisation encore terrienne que réellement multiplanétaire. Seuls quelques milliers de privilégiés vivront dans l’espace, sur des milliards d’habitants. Mais nous serons peut-être à la veille d’un saut qualitatif dans la production d’énergie et la science des matériaux (essentielle pour l’ascenseur spatial) qui pourrait amener des millions d’hommes à vivre en orbite, sur la Lune et sur Mars au XXII° siècle. Imaginez comme paysage des immenses centrales solaires en orbite, un pôle Sud lunaire qui commence à se hérisser d’antennes radio et de bâtiments semi-enterrés dans la roche lunaire, et des stations spatiales à anneaux opérées par des multinationales high-tech. Sur Mars, il y aura peu ou pas de base permanente, au mieux de petits postes avancés pour mieux comprendre l’environnement. Après Mars, la prochaine cible des gouvernements terrestres pourrait être Europe ou une autre lune jovienne. Clarke et Kubrick avaient un peu vu grand en nous imaginant déjà là-bas en 2001 ! Mais le pessimisme actuel de l’écologisme, qui nous veut cantonnés à l’espace et aux ressources terrestre, sera très vite contredit dans notre siècle.