Avec Tariq Krim et Bernard Benhamou, qui nous parlent de leur passé de pionniers d’internet, et de son avenir sur fond de scandales diverzévariés. Pour l’occasion on teste Peertube ! (les problèmes de son disparaissent vite)
Prométhéens contre collapsologues : la guerre déjà commencée ?
Laurent Alexandre, médecin et leader francophone du transhumanisme, clashe les bioconservateurs du RN à Fréjus. La gauche comme la droite se laissent séduire par le discours décliniste, tandis qu’à terme c’est le clivage H+ vs biocons qui va émerger.
L’écologie est dans l’air du temps. Une fois qu’on a dit ça, on a enfoncé une porte, on l’a même fait voler hors de ses gonds. L’année 2018 aura été celle de Greta Thunberg, 2019 celle d’Extinction Rebellion et des grèves pour le climat. Les résultats électoraux tout frais en France, dans la période de morosité, et même de stase qu’a été le confinement, montre que l’écologisme est maintenant la principale force dans le camp dit progressiste (à gauche en géométrie parlementaire). Le moindre emballage alimentaire ou équipement urbain nous invite à réduire notre impact environnemental. Mais tandis que nos politiciens mainstream, captifs des échéances et des caméras TV, sont sommés de donner des gages bon enfant aux lobbies verts (Vélib, cantines bio, etc), une toute autre mouvance se dessine. Celle des antispécistes qui veulent en finir avec l’homme tout court, des collapsologues convaincus que les derniers temps de l’humanité et de sa puissance sont arrivés. Nous serions devenus trop grands par rapport à la planète, naïvement personnifiée. Ces défenseurs des animaux, qui disent que la propriété privée nous pervertit, nous jugent trop dominants, territoriaux. Bref, trop animaux. Et le plus scandaleux, c’est qu’on en a conscience.

A présent que homo sapiens a Internet, un véhicule personnel lui permettant de parcourir 500 km, un environnement plutôt sûr physiquement pour lui et sa famille, des soins et au moins dix ans de scolarisation, il voudrait tout bazarder ? Pas si vite, disent les gilets jaunes, dont la colère est née non pas du prix de marché, mais de la taxation de l’énergie. Cette crise de mauvaise conscience s’exprime surtout chez les plus instruits, à cause de raisons plus vastes. Nos traditions n’existent plus qu’à l’état de trace (les chrétiens connaissent très peu leur religion et n’en croient plus un dixième) et les idées libertaires, venues les remplacer, semblent peu adaptées au plus grand nombre. La nature avec un grand N n’existe presque plus, y compris à la campagne où les bocages, eux-même artificiels, ont laissé la place à des terres stériles à haut rendement. Même intimement, nous ne sommes pas réellement nous-mêmes lorsque nous passons 4 à 5 heures par jour -sans même compter le travail- devant un écran, et que chaque déplacement d’un point A à un point B suppose des AirPods aux oreilles.

Pour autant, avons-nous le choix ? Oui, mais non. L’IA et le nucléaire sont comme la poudre à canon : on peut soit les adopter soit être colonisé par d’autres qui le feront. A moins de vouloir marcher dans les pas des amérindiens réfractaires (et tous ne l’étaient pas) et de leur destin héroïque et funeste, je ne vois pas de raison d’opter pour la décroissance. Sauf peut-être à titre temporaire et plus sur le plan démographique, pour éviter la saturation de la Terre le temps que notre présence dans l’espace se consolide. Et encore, il faudra être vigilant à ce que les savoir-faire techniques ne se perdent pas. Ce qui a brûlé à Alexandrie ne sera peut-être jamais retrouvé ; autant éviter de répéter l’erreur.

Le discours prométhéen n’est pas facile à entendre. L’idée que la fusion nucléaire soit plus importante que le changement climatique ne vous fera pas élire dans un futur proche. Pourtant toutes les puissances montantes, surtout la Chine, s’en réclament ouvertement. Les décroissants les plus radicaux sont probablement des outils aux mains de personnes plus pragmatiques. L’Ouest et la Chine se sont rejoints, pendant le confinement, sur l’idée d’un capitalisme de connivence avec des traits autoritaires de plus en plus marqués. Mais on a le pire sans avoir les avantages. Là où les États eurasiens fixent un cap et développent sur 30, 50 ans leur route de la soie à coups de milliards, l’Europe reste spectatrice de sa désindustrialisation, sous les injonctions d’ONG et de technocrates verts, souvent proches de la finance mais pas de l’économie réelle.
L’idée que nous sommes des mutants, comme tout ce qui vit, et même des auto-mutants avec un besoin paradoxal de conservation et d’héritage devrait nous éloigner de ceux qui veulent faire de nous des statues immuables ou des larves de la société liquide. Greta Thunberg ne représente qu’une interprétation morale, sélective et paralysante de l’anthropocène. Je prends la liberté d’être sceptique sur cette interprétation et de lui préférer Von Braun, Korolev et Musk. Pas des enfants de chœur, mais des adultes en action.

N’insultez jamais un industriel de Detroit

1963, usines Ford de Detroit. Henry Ford II, le fils de l’inventeur redoutable du travail à la chaîne, est en train d’engueuler ses employés à plein poumons. Cela fait quelques années que la marque perd du terrain. L’automobile européenne a repris du poil de la bête, et le géant, s’il vent toujours massivement ses Falcon aux ménages américains, ne vend pas de rêve. C’est l’Italie et ses bolides rouges qui tient ce rôle, et Ford réunit des commerciaux et ingénieurs pour un brainstorming. On suggère alors que Ford lance un véhicule sportif utilisable au quotidien, ce qui donnera la Mustang. Mais ce n’est pas suffisant : Ford veut marquer la compétition automobile et redevenir le standard or de la bagnole, comme avant la guerre. La décision est alors prise… d’acheter Ferrari, et d’en faire une succursale sportive à coup de dollars. Un groupe de cadres made in Ford, aux austères complets cravates, sont dépêchés en Toscane à la rencontre du commendatore. Ils ne sont pas au bout de leurs peines.

Le commendatore, c’est Enzo Ferrari, le fondateur de la marque italienne. Un homme d’un âge déjà avancé dans les années 60. Un perfectionniste de la mécanique qui mène d’une main de fer son entreprise familiale, et produit en toute indépendance des voitures de course à l’échelle artisanale. Son emblème, le cheval cabré, s’est émancipé le jour où il décida, plus de vingt ans auparavant, de claquer la porte d’Alfa Romeo. Le vieil homme reçoit dans sa résidence pittoresque les men in black de Detroit, et fait durer le suspense, monter les enchères. Ford propose un deal qui permettrait à Ferrari de courir sous ses propres couleurs mais soumettrait la politique industrielle de la marque à l’approbation du géant américain. Au dernier moment, Ferrari se met en colère contre cette perte d’indépendance, et leur dit de repartir aux États-Unis dans leurs usines ternes qui fabriquent des voitures sans saveur, et de dire à leur patron qu’il n’a pas l’envergure de son père. C’est non. En réalité, Fiat avait fait une offre de reprise plus intéressante.

Je ne sais pas si le film dit vrai, si Henry II s’est fait traiter de fils de pute comme ses employés le lui rapportèrent timidement, toujours est-il que le boss décide de revoir à la hausse les ambitions sportives de Ford. En interne, cette fois, du moins officiellement. L’argent ne manquait déjà pas, désormais les idées non plus. La Mustang et la mode des muscle cars lancée, il va trouver en Angleterre un pilote de renom, Caroll Shelby, pour concevoir la voitures qui vaincra Ferrari aux 24 heures du Mans : la Ford GT.

Caroll Shelby est donc le deuxième héros de cette histoire. C’est un orfèvre de l’automobile comme Ferrari, il est encore en âge de piloter mais a un peu levé le pied pour se consacrer aux voitures de sport qu’il met au point, teste et bichonne, les Cobra. Chacune d’entre elles est testée minutieusement avant d’être vendue au compte-gouttes au Royaume-Uni ou à l’exportation. Il est convoqué par Ford, officiellement pour faire la promotion de la Mustang, officieusement pour un plan de bataille qui doit aboutir sur la voiture d’endurance la plus performante jamais créée. Le film le dépeint comme un playboy également passionné d’aviation (il arrive à la présentation de la Mustang sur son appareil) au tempérament indépendant, mais complètement consacré à la mission que lui confie Ford dans son QG avec vue sur les usines du Michigan.

L’argent et les machines ne seraient pas grand-chose sans un pilote, ce qui nous mène au troisième héros de l’histoire. Ken Miles, un fou du volant quarantenaire, vit de la préparation mécanique de voitures de sport avec sa femme. Le couple est approché par Shelby et par Ford, on lui propose une rémunération juteuse pour des tours d’essais périlleux au volant des prototypes de la GT. Ce qu’il accepte, après un petit délai de réflexion pour la forme. Il passera ses journées avec Shelby. Le préparateur ajuste, le pilote court, à l’abri des regards indiscrets, dans les routes du désert ou sur piste. La GT prend forme, de manière empirique, incendie après incendie. Un V8 de 4.2L de cylindrée (elle augmentera), des pneus capables d’encaisser des pointes de plus de 300 km/h et un carrosserie plafonnant à seulement 40 pouces de haut (deux fois les roues) sur sa suspension. Le moteur est en position centrale arrière (entre le conducteur et le train arrière), une innovation homologuée pour la route avec la GT40. C’est la première supercar moderne.

Le grand jour arrive en juin 66. L’écurie Ford est en France, au Mans, pour faire ce qu’ils ont raté l’année précédente : humilier Ferrari devant les journalistes du monde entier. Ken Miles est accompagné de deux autres pilotes Ford. La victoire de Miles est éclatante, on lui demande même de lever un peu le pied pour que deux autres GT engagées franchissent la ligne d’arrivée en formation et laissent un souvenir photo impérissable dans la presse. L’écurie Ford, portée par sa technologie et son enthousiasme, réalise même un beau quarté en remportant le Mans 66, 67, 68 et 69. Ces victoires sont une fierté nationale aux USA : pour la première fois un de leurs constructeurs remporte cette épreuve en Europe. Sur toute l’histoire du Mans, c’est toutefois Porsche qui bat tous les records, et depuis Ferrari s’est surtout illustré en Formule 1. Ford, symbole de la standardisation, a prouvé qu’un blason élitiste n’est pas requis quand on développe une machine dans l’unique but des performances.
Sources : Magazine Torque (voitures américaines) n°31, Wikipédia, images d’archives, film « Le Mans 66 » de James Mangold (Logan).
Les années qui menèrent au 11 septembre
De passage à la bibliothèque publique à Nîmes il y a deux ans, j’étais tombé sur un bouquin massif rempli de photos des tours jumelles de NY, prises à l’époque où elles existaient encore à l’état solide. C’est un drôle de sujet de discussion que ces tours, et pas seulement pour les jeunes qui n’ont connu que les images des victimes géantes d’Al-Qaida, vers 9h du matin heure locale, transmises par tout ce que les satellites ont pu relayer, partout, tout le temps. Même les plus vieux doivent avoir seulement ces images en tête, à moins qu’ils n’aient vécu dans le New-York de la fin du XX° siècle.
Le rap de Biggie Smalls fait allusion aux premiers attentats du WTC
Quelques chiffres
410 mètres et des poussières au garot, une antenne culminant à 528 mètres pour la tour 1, 99 ascenseurs chacune, sept années de chantiers. Lorsque les deux sœurs voient le jour en 1972, elle prennent le record de plus hauts bâtiments jamais construits. Le record va durer juste un an, avant que la Sears Tower de Chicago ne pousse de terre. De nos jours ce sont les monarchies pétrolières qui ont les plus hautes tours, et depuis l’inauguration des tours Petronas, en Malaisie en 1998, l’Amérique n’est plus leader en le domaine. D’ailleurs, avant l’Empire State Building, la Tour Eiffel avait eu la couronne pendant 40 ans.

Un symbole à abattre de longue date
Le 11 septembre n’est pas tout à fait inédit. Une première tentative des islamistes de détruire les tours échoua en 1993. Ces tours dominent la finance, qui domine New-York, qui domine les USA, qui dominent le monde. Une chaîne de commandement d’airain qui allait attirer les jalousies. Anciennement financés par les USA pour faire contrepoids au communisme en Asie Centrale, les moudjahidins, laissés à leur sort après la guerre contre l’occupant soviétique, vont laisser le champ libre à leurs éléments les plus fanatiques, les talibans. Quand l’URSS n’est plus, c’est vers les États-Unis, qui ont le mauvais goût de soutenir Israël, que se tourne le bout de leurs AK-47. Mais dans un premier temps, ils manquent de moyens.

Un jeune milliardaire saoudien, Oussama Ben Laden, va y remédier et entreprend un lent travail d’installation de l’islam radical aux USA, des étudiants en théologie (ou même simplement en sciences) propres sur eux jusqu’aux taulards des pires pénitenciers. L’extension du jihadisme en Occident s’est fait sous le patronage des frères musulmans, mouvement politique né dans l’entre-deux-guerres en Égypte qui vise à instaurer la charia en exploitant le fonctionnement démocratique. Sorte d’équivalent musulman du fascisme, il est classé organisation terroriste en Amérique et en Russie mais finance de nombreuses associations caritatives en Europe. Al-Qaida, pour sa part, avait lancé une fatwa contre l’Amérique dans un journal anglais de langue arabe en 1996, année où l’Afghanistan passe aux mains des talibans. A Brooklyn, la mosquée Al-Farouk devient un repaire de djihadistes, et un leader égyptien, le charismatique Cheikh Omar Abdel Rahman, prescrit à un de ses lieutenants (qui était un agent infiltré) de prendre pour cible le WTC. L’attentat est finalement un échec partiel (6 personnes « seulement » furent assassinées par l’explosion d’une voiture piégée, les conspirateurs voulaient en tuer jusqu’à 4000 en provoquant l’effondrement d’une tour sur l’autre via un effet domino). Sur le coup, une piste est envisagée du côté de l’Irak. Les services de renseignements US sont encore mal adaptés à l’aspect mondial de l’islamisme, et investiguent pays par pays, sans concertation suffisante entre eux. Le long de années 1990, Un groupe d’hommes saoudiens prend, pendant des années, des leçons de pilotage, éveillant certains soupçons du FBI. Pour plus de détails, voir le documentaire en bas de cet article.

Je ne vais pas revenir sur le déroulé de l’attentat de 2001 car j’imagine que toute personne de génération Y ou antérieure le connaît bien. On notera toutefois que tous les pirates de l’air identifiés sauf deux sont originaires des monarchies du Golfe (principalement le royaume Saoudien) et qu’un des quatre avions devait frapper le Capitole à Washington mais s’écrasa en Pensylvanie suite à une révolte des passagers, tous morts sans exception pour faire échec au détournement. Voir l’histoire du vol 93 United Airlines. De plus, les pompiers sont plus de 300 à avoir péri à Ground Zero.
Les tours du WTC sont toujours les plus hautes
Il vous suffira d’ouvrir Wikipédia pour un rappel du déroulé de l’attentat le plus mortel jamais commis. Ce qui restera intéressant et singulier, c’est ce que les New-Yorkais ont tiré de cette histoire. Cette ville s’est bâtie sur les efforts de nombreuses générations successives. Il faudrait plus qu’un mouvement basé sur le buzz extrémiste, ayant trop d’ennemis pour survivre, pour en venir à bout. Aujourd’hui le WTC est revenu (au pire, dans le sens de revenant, si l’on part du principe que le mémorial est plus important que la nouvelle tour). Oussama Ben Laden a osé ce que même le III° Reich n’avait pas osé faire avec des moyens supérieurs : attaquer le nouveau centre de la civilisation occidentale, et mettre son crime de masse sous le feu des caméras. Au delà des débats sur l’origine et l’explication du 11/09, le WTC concentre le zeitgeist de notre époque comme un rayon laser : l’hybridation du crime et du spectacle.
Tesseract tueur
A l’extrémité Ouest de l’axe historique de Paris, un grand cube creux et blanc semble scruter la capitale. Légèrement décalé par rapport à l’axe qu’il semble conclure, il est visible depuis l’arc de Triomphe. Un hectare de côté donc une centaine de mètres au garrot. Voisinage : les immeubles de verre longeant l’esplanade de la Défense, matérialisation excentrée du CAC 40. Lorsqu’on s’approche ou qu’on s’éloigne, le cube semble surgir-de/retourner-dans son piédestal, la dalle de la Défense. Celle-ci, à cause de l’imbroglio de structures nécessaires pour la soutenir, interdit au piéton de s’approcher de lui en ligne droite ; pour cela on peut prendre le métro.

A une certaine distance, on croit voir un pas de tir : la rampe d’ascenseur métallique relie la Terre au toit, montée à même l’ordinateur-cube refroidi par le vent d’Ouest. Le cube semble retourné sur lui-même sans parvenir à être ce tesseract, il manque une dimension, il se dégrade en 3D. Lorsque les cabines descendent sur la rampe les attirant alternativement à ses pôles, elles évoquent une guillotine en slow-motion.
Et ça tombe bien, car c’est là que commence l’histoire de la construction de la Grande Arche. Il s’agit d’une commande présidentielle de Mitterrand qui souhaite marquer le bicentenaire de la Révolution. Le but du projet : prolonger l’axe Louvre – Concorde – Arc, avec une création dans le quartier de la Défense, qui a alors tout juste vingt ans. Un concours d’architecture est lancé, et remporté par Johan Otto von Spreckelsen, un danois. Ses dessins de cube de verre, accompagné de deux petites collines bien dégagées sur ses côtés et d’un jardin en son sommet séduisent le président qui l’invite à Paris, au milieu d’un pandemonium de fonctionnaires et de spéculateurs immobiliers dont Christian Pellerin, le « roi » du « Manhattan » français. Nous sommes en 1983.

Les deux années suivantes vont se passer en tribulations pour savoir quel sera le rôle du monument, avec qui le construire et qui en seront les clients pour sa surface utile. Robert Lion, un fidèle du président, va accompagner Spreck dans son voyage au bout de la culture du consensus française, vers l’erreur 404. Accueilli comme un roi par le président qui lui semblait tout-puissant, convaincu qu’il suffit de convaincre de la beauté de son projet, Spreck se heurte à la difficulté de sa concrétisation et surtout à la guerre rangée des socialistes contre la droite, des pro et anti privatisation, bref à tout un merdier étranger à sa vie sobre et paisible au Danemark, quand ses projets étaient de petites églises et pas cet hectare au carré qu’il a eu le malheur d’imaginer. La construction commence enfin en 1985. Dans un fracas de grues et de bétonneuses, le président surveille de près l’avancement des travaux. Il joue contre la montre, car l’année suivante il risque la cohabitation avec la droite au gouvernement, qui trouve le projet inutile. Ce qu’il est, pour être honnête, derrière le projet fumeux d’un « carrefour de la communication » sensé mettre en valeur les nouveaux moyens de s’exprimer à l’approche de l’an 2000. Aucun investisseur n’est sur le coup, et l’État paie.

Le chantier est géré par ADP et par un architecte et ingénieur aguerri, Paul Andreu, qui doit traduire les belles idées de Spreckelsen sur le terrain. Sans ménagement, il tranche sur ce qui est impossible. L’Arche ne sera pas intégralement couverte de verre collé, donc pas parfaitement lisse. Les « nuages » intérieurs de l’Arche ne seront pas transparents, trop compliqué. Et le jardin suspendu ne sera jamais réalisé. Quand aux collines, elles ne furent jamais construites. Spreckelsen encaisse pendant deux ans et voit son cube devenir un catafalque gigantesque surplombant tristement le marécage bureaucratique/affairiste dans lequel lui et son créateur sont piégés. Il préfère rentrer chez lui face à cette vue et se suicide en 1987. Paul Andreu finit seul le projet. Leurs deux noms figurent sur une plaque oxydée sous les nuages de l’Arche, au milieu d’un baratin sur la fraternité humaine non moins rouillé.

La fin du chantier s’avère spectaculaire. Une immense plaque de béton, d’une seule pièce, est montée à 100 mètres du sol et posée sur les deux ailes. La structure interne de l’Arche est un jeu de Kapla de barres de béton, posé sur la dalle de la Défense elle-même traversée par le RER. Enfin on monte la rampe d’ascenseurs et on tapisse de marbre les surfaces extérieures de l’hypercube. Tout sera prêt juste à temps pour le 14 juillet 1989, en synchro avec la Pyramide du Louvre, et les deux monuments accueillent le G7. En s’en tenant aux chiffres, le chantier aura tué deux ouvriers plus l’architecte, et aura été long (presque 5 ans) à cause des frictions politiciennes. L’Empire State Building, qui représentait un défi technique sûrement plus grand en 1930, a été bouclé en 410 jours et a su lui canaliser la corruption municipale pour servir son projet prométhéen.
Encore aujourd’hui, l’Arche est sous-exploitée. L’espace exigu des ailes est partagé entre le ministère de l’écologie et AXA (bref la gestion des catastrophes). Quand au toit, il a accueilli brièvement les musées de l’informatique et du jeu vidéo, avant d’être fermé à cause du mauvais état des ascenseurs de verre. Aujourd’hui il accueille une expo famélique de photojournalisme et, dernièrement, quelques œuvres d’un lard contemporain qui se battent en duel pour un public qui ne viendra pas. Le tout au sommet d’une gueule béante de béton qui, vue d’en bas, impose du respect. Ce portail ouvrant sur un cube continue tranquillement sa semi-existence, gardé dans une atmosphère de mausolée par des vigiles mornes qui ne connaissent pas toute son histoire mais qui m’ont attesté la solidité du toit.

En montant dans cette belle batterie d’ascenseurs battue par le vent, je découvre l’escroquerie, cette esquisse de grandeur abandonnée à la naissance par des gaspilleurs. Entre les mains de ces zélites, cet arc est devenu une matière sans énergie, qui continue d’attirer l’œil donc le cerveau, et c’est en vain que vous chercherez à mentalement reconfigurer le bidule. De près et de jour, elle est la prison blanc ivoire de la Défense, une feuille Excel de cadres bouclant sur elle-même, le processeur ordonnançant la boucle de production sur son socket obsolète. De loin et de nuit, elle est le cosmodrome, la tour-antenne de lancement perçant le toit pour projeter les ascenseurs hors de la lumière froide de ce cristal manqué, en route vers les chocolateries orbitales de Wonka Industries.
Voir aussi :
https://fr.wikipedia.org/wiki/Arche_de_la_D%C3%A9fense?oldformat=true
La Grande Arche de Laurence Cossé : http://www.gallimard.fr/Catalogue/GALLIMARD/Blanche/La-Grande-Arche
Deux aventuriers à l’assaut du toit :
Regulate – Warren G ft. Nate Dogg
1994 Def Jam Recordings, Regulate… The G-Funk Era
Que se passe-t-il à Hong-Kong ?

Pour le déroulement des événements, voir Wikipédia.
Depuis de nombreux mois maintenant, de grandes manifestations font rage à Hong-Kong, à la base contre un projet de loi d’extradition. Le timing coïncide avec les gilets jaunes qui secouent (secouaient ?) la capitale française. La nature du mouvement n’a cependant rien à voir : ici on a une population surqualifiée concentrée dans une ville-monde qui refuse de se fondre dans la masse chinoise contrôlée par le Parti. De l’autre, on a au contraire des classes moyennes plus ou moins rurales qui se révoltent contre la République qui semble oublier les marges du pays au profit des métropoles.
The Social Not Work
Les moyens de communication employés par les manifestants ne sont pas non plus les mêmes. Les manifestants de HK savent qu’ils ont en face d’eux, derrière l’exécutif semi-fantoche de leur cité le plus puissant état totalitaire du monde, qui utilise les BATX comme matrice de contrôle social, sans séparation nette entre Parti et secteur privé. Ils ne font donc aucune confiance à WeChat & cie et communiquent désormais par messagerie cryptée voire en hors-ligne, via bluetooth. Pendant ce temps, en France, les GAFA continuent d’être utilisés. Ni la France ni l’Europe n’ont de souveraineté numérique, et leur emprise sur Facebook se limite à les supplier de payer une partie des leurs impôts, année après année. Ce qui n’aurait certes aucune chance de se produire en Chine.
Une histoire de la violence
Le mouvement hong-kongais est clairement plus violent que les GJ, alors que le pays connaît une très basse délinquance et une culture de la discipline que n’a pas effacé le libéralisme. En 2014, la révolution des parapluies était beaucoup plus gentille mais cinq ans plus tard, il y a comme une urgence de se confronter à Pékin sans rien attendre d’une échéance officielle.

Nous sommes trente ans après la chute du mur de Berlin (a.k.a la mort du communisme en Europe) mais aussi du massacre des étudiants place Tian’anmen à Pékin. Une génération plus tard, c’est Hong-Kong qui s’apprête à devenir la cible de l’armée chinoise, qui masse ses véhicules à la frontière, aux abords de Shenzhen. Il n’y a qu’un pont à passer.
Le piège de Thucydide
Il y a bien sûr l’hypothèse de la cinquième colonne, style CIA. Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, les USA ont statué sur la menace numéro un pesant sur eux : la Chine plutôt que la Russie. L’ancien suzerain de Hong-Kong, le Royaume-Uni, semble en revanche assez largué du jeu pour des raisons évidentes de chats bruxellois à fouetter. En fait, leur futur proche est tellement incertain que la bourse de HK, fusionnée à Shenzhen récemment, a même fait une proposition pour racheter la City. Le respect est mort.
Bref, seuls les États-Unis et Taïwan semblent vouloir contrer l’annexion finale de Hong-Kong, par la diplomatie pour l’instant. Mais le droit international n’est respecté d’aucun côté, une ingérence répondant à une autre. Les manifestants ont été vus brandissant Union Jack et drapeaux américains, au son de slogans anticommunistes et dans un drôle de mix de masques et de memes internet. En Occident, les manifestations tendent plutôt à casser du symbole capitaliste US, sur la base d’antagonismes remontant au Manifeste de Karl Marx. Là encore, on mesure le décrochage de l’Europe, qui est en fait logique. Ce n’est plus elle la grande scène. Elle a basculé en Asie Pacifique, entre une puissance établie, les USA, et la Chine qui les met au défi.
Liberté plus rare, donc plus chère
Comment un mouvement localisé peut-il être si décisif pour les deux puissances ? Hong-Kong c’est la finance, les triades, de l’import et beaucoup d’export, un mode de vie à part qui piquait la curiosité des touristes chinois et des entrepreneurs occidentaux. Un nouveau type de conflit a éclaté, concentré sur une aire urbaine, ultra-technologique et sous l’ombre portée d’un social credit system digne de Psycho-Pass. Les minorités religieuses et tous ceux qui ouvrent un peu trop leurs gueules ou leurs livres pourront s’inquiéter sous le mandat terrestre de Xi. Si le dictateur réussit son coup, il ne restera plus que trois démocraties en Extrême-Orient. Ou deux et demi.
Ex Oblivione – H.P. Lovecraft

When the last days were upon me, and the ugly trifles of existence began to drive me to madness like the small drops of water that torturers let fall ceaselessly upon one spot of their victim’s body, I loved the irradiate refuge of sleep. In my dreams I found a little of the beauty I had vainly sought in life, and wandered through old gardens and enchanted woods.
Once when the wind was soft and scented I heard the south calling, and sailed endlessly and languorously under strange stars.
Once when the gentle rain fell I glided in a barge down a sunless stream under the earth till I reached another world of purple twilight, iridescent arbours, and undying roses.
And once I walked through a golden valley that led to shadowy groves and ruins, and ended in a mighty wall green with antique vines, and pierced by a little gate of bronze. Many times I walked through that valley, and longer and longer would I pause in the spectral half-light where the giant trees squirmed and twisted grotesquely, and the grey ground stretched damply from trunk to trunk, sometimes disclosing the mould-stained stones of buried temples. And always the goal of my fancies was the mighty vine-grown wall with the little gate of bronze wherein.
After a while, as the days of waking became less and less bearable from their greyness and sameness, I would often drift in opiate peace through the valley and the shadowy groves, and wonder how I might seize them for my eternal dwelling-place, so that I need no more crawl back to a dull world stript of interest and new colours. And as I looked upon the little gate in the mighty wall, I felt that beyond it lay a dream-country from which, once it was entered, there would be no return.
So each night in sleep I strove to find the hidden latch of the gate in the ivied antique wall, though it was exceedingly well hidden. And I would tell myself that the realm beyond the wall was not more lasting merely, but more lovely and radiant as well.
Then one night in the dream-city of Zakarion I found a yellowed papyrus filled with the thoughs of dream-sages who dwelt of old in that city, and who were too wise ever to be born in the waking world. Therein were written many things concerning the world of dream, and among them was lore of a golden valley and a sacred grove with temples, and a high wall pierced by a little bronze gate. When I saw this lore, I knew that it touched on the scenes I had haunted, and I therefore read long in the yellowed papyrus.
Some of the dream-sages wrote gorgeously of the wonders beyond the irrepassable gate, but others told of horror and disappointment. I knew not which to believe, yet longed more and more to cross forever into the unknown land ; for doubt and secrecy are the lure of lures, and no new horror can be more terrible than the daily torture of the commonplace. So when I learned of the drug which would would unlock the gate and drive me through, I resolved to take it when next I awaked.
Last night I swallowed the drug and floated dreamily into the golden valley and the shadowy groves ; and when I came this time to the antique wall, I saw that the small gate of bronze was ajar. From beyond came a glow that weirdly lit the giant twisted trees and the tops of the buried temples, and I drifted on songfully, expectant of the glories of the land from whence I should never return. But as the gate swung wider and the sorcery of drug and dream pushed me through, I knew that all sights and glories were at an end ; for in that new realm was neither land nor sea, but only the white void of unpeopled and illimitable space. So, happier than I had ever dared hoped to be, I dissolved again into that native infinity of crystal oblivion from which the daemon Life had called me for one brief and desolate hour.
Astronomy – Blue Öyster Cult
1974 CBS Records. écriture Sandy Pearlman. Instrumental : Albert Bouchard, Joe Bouchard. Chant : Eric Jay Bloom
A quick update about SpaceX’ Starship

This saturday Elon Musk was holding a press conference outdoors, in Boca Chica, Texas, at a windy spot at the foot of SpaceX’ Starship prototype. Check the video below. Here I’ll be summarizing all the key points in a nutshell for the impatient.
Fact 1 : the 2018 body design has been modified

Fact 2 : the Raptor engine tests are moving forward rapidly, for both stages of the rocket (see Starhopper recent test here)

Fact 3 : Heat shield will consist of ceramic and glass, while base ship body retains stainless steel

Fact 4 : Starship may not be world’s tallest rocket, but should be the most comfortable for humans.


Fact 5 : Refueling will be even more advanced

Fact 6 : Elon performed David Bowie’s Starman on stage and mentioned Area 51

Can’t wait for the next milestones, which will be more practical with the first flights. 2020 should be a vibrant year for space, and other companies should be watched closely : Blue Origin as a top NASA partner towards Moon, Rocketlab and Firefly Aerospace for example.
