Au revoir réalité, tu étais moche mais on t’aimait bien

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Radio – Smartphone – PC – midi – PC – Smartphone – TV – Smartphone – sommeil.

Ceci est notre journée hors week-end, c’est-à-dire 71% du temps ordinaire.

Je pense à la dernière fois que j’ai passé une journée entière sans occulter les sons de mon environnement à l’aide d’un principe inventé par Sony Corporation il y a 40 ans. C’était il y a cinq mois. La touche d’avance rapide de nos cerveaux pointe sur la touche play de Spotify. Pour en savoir plus, regarde ça :

https://en.wikipedia.org/wiki/Walkman_effect

De même que nos cartes bancaires sont par défaut sans contact, nous menons des vies par défaut sans contact. On pensait que les ghettos noirs ou juifs étaient un reliquat du passé, mais en fait leurs habitants vivaient dans le futur. Comme le dit lce Cube, the motherfucking world is a ghetto. Ghetto wesh, ghetto geek, ghetto BCBG, ghetto LGBT. Construis les murs de ta prison, crée ton propre alphabet. A la fin plus personne n’y comprendra rien, seule restera l’entropie de l’ignorance.

https://www.youtube.com/watch?v=VARoZ6HpRno

Ceux qui resteront sagement dans leur ghetto deviennent des plantes de serre, ils n’ont plus de système immunitaire. Ils ont des revendications plein la bouche, et ça tombe bien, Cambridge Analytica va pouvoir les scanner pour le compte de tel ou tel trou du cul de politicien à élire.

Ceux qui erreront de cercle en cercle deviennent des spectres. Sans cercle fixe, clochards symboliques. Immunisés à tout, déchets radioactifs à enterrer au plus vite dans les paradis artificiels de cannabis ou de silicium. Legalize it. ; )

Les BATX, les GAFA chinois qui veulent la peau de la Silicon Valley

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Un spectre plane sur l’Asie. Le spectre des BATX. Tous les représentants de la vieille Amérique se sont déjà ligués contre lui : Tim Cook, Mark Zuckerberg et le pape du transhumanisme de Google, Ray Kurzweil. Smartphones de tous les pays, saluez Xiaomi !!

BATX signifie Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi. Vous en avez peut-être déjà entendu parler. Xiaomi vient en effet d’arriver sur le marché français et a ouvert une boutique physique à Paris. Zoom sur ces quatre dragons chinois peu médiatisés, mais qui veulent faire la peau à tous les géants de l’internet américain que l’on connaît. Ces acteurs sortent de l’ombre et ne se contentent plus de « faire comme » les GAFA en version censurée et adaptée au marché chinois. Ils veulent conquérir le monde (comme Cortex dans le dessin animé).

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En Chine, Baidu est le seul endroit où tu peux taper Chuck Norris.

Baidu est l’équivalent chinois de Google, et est le premier moteur de recherche du pays. Son logo est un empreinte de panda, ce qui le rend forcément sympathique auprès de l’occidental moyen malgré la censure qu’il exerce. Il a été fondé en 2000, et son siège est à Beijing, à proximité du siège du pouvoir communiste. Depuis 2006, Baidu administre une encyclopédie en ligne destinée à remplacer Wikipédia auprès des utilisateurs chinois. Son patron, Robin Li, a été nommé le mois dernier à une commission destinée à « défendre les valeurs centrales du socialisme ». En effet, qui de mieux placé qu’un milliardaire pour cela. Baidu employait 42 000 personnes en 2017 et réalisait un chiffre d’affaires de 84 milliards de yuans. Il propose tous les services équivalents à Google, et parfois plus : maps, version d’Android, algos de recherche avancés et spécifiques au mandarin, etc.

Alibaba est peut-être le plus connu en France. On y a recours lorsqu’on commande un gadget trop cher sur Amazon, avec AliExpress. Son patron, le charismatique Jack Ma, est l’emblème du self made man chinois. Il semble la jouer fine avec le gouvernement chinois, en acceptant la censure tout en recherchant un maximum de liberté économique. Alibaba a lancé son propre système pour smartphones distinct d’Android. A l’instar d’Amazon, Alibaba propose des services cloud parmi les plus avancés pour les professionnels en Chine. Et comme Apple, il propose un service de paiement sous son contrôle. L’entreprise investit depuis 4 ans dans le sport et la santé.

Alibaba executive chairman Jack Ma, attends the annual meeting of the World Economic Forum (WEF) in Davos
Jack Ma se plaît à raconter qu’il aurait été refusé à 30 postes différents avant de devenir l’homme d’affaires que l’on connaît.

Tencent : fondée en 1998, c’est l’entreprise qui est derrière WeChat, l’application à tout faire des chinois. Messagerie, drague, paiement, commodités en tout genre : c’est leur mouchard national ayant su se rendre indispensable, l’équivalent de notre Facebook. Ce dernier est d’ailleurs interdit en Chine, simple mesure protectionniste et stratégique. Il est assez surréaliste de noter que cette corporation, inconnue du grand public en France, est la plus riche de toute l’Asie en janvier 2018. Tencent investit dans l’immobilier, l’assurance, le gaming (avec des MMORPG exclusifs à la Chine), le streaming de musique et bien sûr les réseaux sociaux. Son siège se situe à Shenzhen, la mégapole high-tech du sud du pays. Mais elle dispose de bureaux aux îles Cayman également ! Son PDG est Ma Huateng, homme le plus riche de Chine en 2014.

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Ma Huateng serait-il un fan de Linux ?

On termine avec Xiaomi, l’Apple chinois (oui c’est méchant je sais). Cette boîte est bien plus récente que les autres, elle voit le jour en 2010 alors que les smartphone ont déjà conquis une bonne partie du monde. Xiaomi a un objectif dans le collimateur : renverser la donne sur le marché des smartphones, tablettes et autres gadgets. Sur ce marché dominé par la Corée (Samsung, LG) et dans une moindre mesure Apple et Sony, le chinois a un argument : un rapport prix/performances jamais vu, et que j’ai pu apprécier lorsque j’ai importé un Mi 5s l’an passé. Une fois la ROM passée en français, je me retrouvai avec un smartphone qui m’aurait coûté le double chez un constructeur coréen. Xiaomi propose sa propre version d’Android, améliorant l’expérience utilisateur avec une surcouche nommé MIUI, qui propose des logiciels de sécurité et une personnalisation poussée. En revanche, les USA soupçonnent que Xiaomi, et Huawei/Lenovo incluent des spywares dans leurs produits, ce qui est très probable. Les USA en connaissent d’ailleurs un rayon là-dessus. Son PDG est Lei Jun.

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Boutique Xiaomi à Paris, ouverte en 2018.

Bref, concluons. Il y a huit ans j’ai eu l’occasion de voyager en Chine et d’observer l’offre high-tech. Contrefaçons de MacBook faisant tourner un Windows XP piraté, faux iPhone sous Android 1.x et fausses PSP avec émulateurs de vieilles consoles ornaient les étalages. Bien sûr il y avait aussi les marques occidentales, onéreuses, mais aujourd’hui nous avons vraiment changé d’époque. La Chine est une puissance non seulement industrielle, mais technologique, et investit beaucoup dans l’informatique et la sécurité, tirée par ses entrepreneurs et l’ambition de son armée. Si je me souviens, l’empire du Milieu compte même se passer de Windows à partir de 2020 en imposant une version modifiée d’Ubuntu sur les PC neufs. La Chine pourrait bien se passer de Microsoft à moyen terme, et Perfect World (le steam chinois) a passé un accord avec Valve pour le gaming. Ajoutez à cela une centralisation de fait de la puissance de minage des cryptomonnaies en Chine, et vous comprendrez qu’un guerre froide high tech entre la Chine et les USA a déjà commencé.

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En attendant Cyberpunk, les « amateurs » taffent

Bonjour internet. En attendant l’arrivée de lecteurs (ce site n’a toujours pas de public, ça fait plus d’un an que je ne suis pas foutu de m’occuper de son indexation), voici une belle mise en scène de ville cyberpunk réalisée par un artiste à l’aide de l’Unreal Engine, et en seulement 2 jours en reprenant des assets !!

https://www.youtube.com/watch?v=bQu7Fmmc6Wo

Pour rappel, voici aussi le trailer de Cyberpunk 2077, où l’on voit plusieurs classes et facettes du jeu, notamment la jet-set et le centre-ville de Night City qui brille de mille feux. Un peu trop diurne aux yeux de certains, même si après tout même les mégapoles polluées de la côte Ouest ont droit à un cycle jour/nuit…

https://www.youtube.com/watch?v=wuzUbVsVR2s&t=24s

Pollution où es-tu ? Bon, d’après les journalistes qui ont vu le jeu en action, ça reste du sale. C77 (oui, je viens de trouver ce surnom il y a 15 secondes) est parti pour être un jeu hors du politiquement correct. Les insultes, la violence gratuite, la toxicomanie, la mysogynie, la pornographie, les gaz d’échappement et les nuits de hack sous seringue seront de la partie. Bon, sauf en Allemagne qui comme d’habitude censurera 90% du jeu ? 😀

Le jeu ne devrait pas sortir avant fin 2019 au mieux. Les supports ne sont pas précisés, mais on peut s’attendre à jeu next gen avec une version downgradée PS4 / One et bien sûr le PC, Windows et Linux.

La crise financière à venir, éléments

Entretien avec Pierre Sabatier, agronome de formation, Charles Gave, qui travaille dans la finance et Olivier Delamarche, économiste :

Des commentateurs de différents bords pensent qu’un krach financier va bientôt survenir, peut-être plus violent encore que celui d’il y a dix ans, quand Lehman Brothers avait fait faillite à la rentrée 2008. D’ailleurs, cette crise-là était sans précédent depuis 1929, avec les conséquences que l’on connaît en termes de délabrement de la société, en Europe notamment.

Le Quantitative Easing, ou planche à billets pour les intimes

La chute de Wall Street lors du jeudi noir en 1929 a entraîné, la décennie suivante, un vent de dépression sur l’Europe (chute du PIB qui se distingue de la récession par sa durabilité inquiétante). Le système libéral capitaliste « à l’ancienne » a alors été remplacé dans la majeure partie de l’Europe par des systèmes totalitaires socialistes : marxisme-léninisme, nazisme, fascisme, et gain d’influence de leurs idées dans les pays restés pluralistes. Mais cette crise et ces régimes criminels ne sont pas sortis du néant : ils ont exploité la misère provoquée par une politique économique catastrophique, en Allemagne notamment où la monnaie avait perdu toute valeur. Écoutez ce qu’en dit Pierre Jovanovic, journaliste qui s’est spécialisé dans l’actualité financière sur le terrain :

https://www.youtube.com/watch?v=9pQ4fiw89O0

D’autres commentateurs prennent le contrepied de ce scandale dénoncé par une grande partie des dissidents, en prenant la défense du système financier, et en justifiant le prélèvement des épargnants et le sauvetage des banques dans le cas de Chypre, il y a bientôt 4 ans. Voici un article de Philippe Fabry, qui reconnaît de fait que si une telle action est nécessaire, c’est que la finance mondiale est justement au bord de l’effondrement :

http://www.historionomie.com/archives/2015/12/24/33111296.html

Si tu veux la guerre, prépare le prêt

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A chaque fois que les États-Unis ont traversé une crise financière depuis la fin du XIX° siècle, des guerres ont été menées et ont stimulé le complexe militaro-industriel, avec toutes les retombées industrielles que l’on connaît pour l’économie civile. Nous vivons dans un système très militarisé, même si le confort moderne (qui provient de la société de consommation donc de la reconversion de l’industrie de guerre) nous le fait oublier. Au-delà d’un certain niveau de danger pour le système, la guerre est l’alternative la plus probable à une nouvelle crise. La balle pourrait-elle être dans le camp des pays gardant leurs distances avec l’arnaque bancaire ? Peut-être est-il trop tôt vu comment les réseaux bancaires sont intégrés (Visa, Mastercard couvrent presque toute la planète). Du moins évite-t-on pour le moment l’embrasement grâce aux forces de dissuasion, comme l’a rappelé Vladimir Poutine récemment.

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Poutine présentait cette année les nouvelles armes hypersoniques russes

Il reste aussi une possibilité : une technologie qui rendrait obsolète la fiction monétaire des banques et des états. C’est la blockchain, inventée il y a dix ans avec le Bitcoin. Cette cryptomonnaie a fait beaucoup d’émules, et promet de chambouler la banque, l’assurance, l’administration, l’identité, l’énergie, j’en passe et des meilleures. Je ferai un article plus détaillé sur le sujet, toujours est-il que le BTC sert surtout à spéculer et que son usage est encore rare et son image médiatique mauvaise (sauf en Extrême-Orient). Les cryptos sont apparues exactement au moment où la confiance en les banques commençait à s’écrouler. Mais lorsque la bulle explosera si elle explose, cela contribuera peut-être à la panique financière généralisée. La question de savoir si les cryptos sont vraiment des monnaies sera abordée plus tard.

Désolé pour la confusion dans cet article qui part un peu dans tous les sens. Cette synthèse est encore approximative mais je devais l’écrire pour me remettre en selle et m’échauffer un peu sur l’actualité récente. Je vous dis à bientôt, pour des articles plus ciblés et travaillés.

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Logo du Bitcoin. La cryptographie vaudra-t-elle de l’or dans un monde sans vie privée ?

[Blade Runner] Ce qui a changé entre 2019 et 2049

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Hop, après une longue période d’inactivité, c’est le moment de s’y remettre !

Ça y est, la suite de Blade Runner, 35 ans plus tard en temps réel et 30 en temps fictif, est sortie en salles. C’est sans trop attendre que je suis allé le voir et le revoir, en m’étant fait, entre temps, le premier en version final cut (la seule que je connaisse en détail) histoire de mieux saisir les correspondances cachées au visionnage. BR 2049 bénéficie d’une réalisation moderne, d’un design remis au goût du jour, d’une nouvelle fournée d’acteurs en plus des survivants de l’original (Harrison Ford pour Deckard et Edward James Olmos pour Gaff), ainsi que d’un design futuriste-réaliste-industriel toujours au top grâce à Syd Mead.

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Le nouveau spinner est signé Peugeot.

Cela dit, ce n’est pas parce que vous avez adoré Blade Runner que vous prendrez votre pied dans celui-là. De nombreux changements viennent chambouler la vision, 30 ans plus tard.

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L’architecture a perdu le côté bricolage du premier film. Place à des édifices colossaux et oppressants.

D’abord, le film perd un peu de son aspect contemplatif. On peut regarder Blade Runner uniquement pour s’immerger dans l’ambiance bleu-sombre-néons de la ville, pour se fondre dans son bruit de fond cosmopolite et sa pluie qui n’en finit pas. Tout simplement parce que Blade Runner repose bien plus sur son ambiance générale, ses symboles distillés tout le long du film, que sur des retournements de situations spectaculaires ou des répliques chocs. C’est un film-manifeste, la bible esthétique du cyberpunk. L’action est extrêmement étalée, tableau après tableau, c’est un film qui prend tout son temps pour vous convertir à son atmosphère trouble. Le nouveau film a un récit beaucoup plus explicite, qui vise à transmettre au spectateur la pression que subit l’officier K dans son enquête. Il reçoit en permanence des ordres, trouve régulièrement de nouveaux indices sur sa route, on est catapultés dans son quotidien de flicard lambda. Sa hiérarchie est sur son dos quand, dans le premier film, on ne voit Bryant, le commissaire, qu’une seule et unique scène, et Gaff, le collègue de Deckard, que trop rarement, comme un spectre planant de loin en loin sur l’enquête.

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Même si 2049 offre son lot de longues prises de vues sur la ville, on se sent vraiment le nez dans le guidon de l’action. On peut y voir un surplus de réalisme, ou la pression d’une ville accélérée, brutalisée, technique, bien plus fort que dans le premier film. Car le futur vu depuis 2017 est bien différent de la vision de 1982. Le côté néo-noir, bricolage futuriste sur le siècle dernier est évacué… Il est relégué seulement au Vintage Hotel de Las Vegas, hanté par Deckard, vieux flic hors de son temps. Place aux bidonvilles high tech et aux forteresses de béton blindées et opaques, dans un Los Angeles à la fois pharaonique et tiers-mondisé, orageux comme la cité des machines de Matrix et surpeuplé comme une ville-monde asiatique. Une fois le lien architectural avec le passé disparu, la ville devient d’autant plus violente et impersonnelle. Denis Villeneuve a troqué l’architecture art déco du XX° siècle contre la pesanteur du post apo : vague de froid, évocation d’un « black out » ayant remis à zéro les données bancaires, nourriture uniquement synthétique.

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L’Amérique s’est tiers-mondisée, et les sweat-shops d’enfants travaillent pour les colonies spatiales.

Les technologies contemporaines (ou presque) font leur entrée : assistantes digitales aux fonctions affectives et cosmétiques (Joi, une IA-compagne vendue sur le marché, que son seul emprisonnement dématérialisé distingue des réplicants), ordinateurs actualisés, voitures autonomes. Mais surtout, c’est la réalité augmentée qui entre dans le décor de Blade Runner. La (con)fusion généralisée du cyberespace avec le monde extérieur. Publicité, sexe, édition de souvenirs en temps réel : la frontière entre rêve numérique et monde réel est broyée. La ville est violente, automatisée, contrastée, sublime, en perdition. Le niveau des eaux monte autour de la forteresse Los Angeles.

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L’étrange hôtel de Las Vegas qui sert de refuge à Deckard.

Los Angeles est entourée de décharges et de bidonvilles devenus champs de bataille, comme si on avait voulu faire le parallèle avec la Night City fictive de Cyberpunk et sa Zone de Combat. Les causes du black out restent obscures, mais « tous se souviennent où ils étaient » à l’instant T, selon l’archiviste de Wallace. Les humains, ultra majoritaires en 2019 (les réplicants sont alors l’anomalie inquiétante) sont presque secondaires en 2049, ou du moins tellement fusionnés avec les IA-publicités que la réponse de leur vraie nature importe peu. Conformément à l’intuition de Philip K. Dick (ce que j’en ai lu), le film reprend le culte de la marchandise, du média, du message publicitaire, du lavage de cerveau, du logo, de la vitesse, de l’interconnexion continue pour reprendre le catéchisme inculqués aux esclaves réplicants.

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Un autre exemple de décor cyclopéen digne de ruines martiennes.

On ajoute à ça une bande-son lourde, sidérurgique qui prolonge parfaitement le fracas de la ville froide et brutale, et on obtient une autre interprétation de Blade Runner. Froide. Il n’y a plus la féérie des automates, le côté énigmatique, limite sensuel du premier film, son atmosphère moite et organique. A la place, on trouve une vision du futur bien en phase avec les inquiétudes actuelles autour de l’IA, une ville qui broie, des décors dévastés d’un bout à l’autre du spectre chromatique, et un protagoniste qui encaisse tout sans broncher pour découvrir le mystère de la reproduction des réplicants. La seule touche de chaleur humaine, ironiquement, est donnée par ce vieux fou de Deckard, en exil dans une ruine de Las Vegas, traqué sans fin par les gardiens d’un ordre qu’il ne comprend plus. Je l’ai trouvé superbe dans son rôle.

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Ces deux femmes sont les personnages les plus implacables de 2049, éclipsant jusqu’à Wallace.

Ce qui l’était moins à mon avis, c’était la scène de Wallace, Deckard et de la fausse Rachel que j’ai trouvé décevante (la scène, pas Rachel, sic). Wallace est très peu développé et on ignore ce dont il est capable au-delà de ses envolées lyriques de psychopathe. De même, l’attirance de Luv pour Joe alias K semble sortir du néant (mais pourquoi pas ? La misère affective est un des thèmes de 2049). Et surtout, surtout j’ai été déçu de ne pas voir plus de scènes avec Mariette, la fille qui aguiche K et qui fait l’amour avec lui dans une scène pleine de tension où elle est « recouverte » par l’hologramme de Joi. On la voit ensuite comme simple résistante dans l’armée de libération des réplicants. Il semble qu’elle en soit elle-même une. Cette histoire de résistance, un peu cliché à force, n’arrive qu’à la fin du film et est liée à l’enjeu de la reproduction. Cette autonomie naissante des robots fait écho à l’huamnité qui, à l’inverse, vit complètement par procuration. Je crains fort que le combat de cette armée donne lieu à une suite prochaine… Blade Runner 2049 est arrivé longtemps après le premier et apporte une actualisation grandiose, mais je suis contre l’idée de tout transformer en « saga ». 2049 nous invite dans le cyber tardif, dur comme du post-apo. Les lignes du futur se sont déplacées car notre réalité elle-même est cyber.

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Mariette, prostituée intrépide… Et réplicante ?

A vous les studios,

Prime 🙂

Avions militaires #5 : présent et futur de l’aviation

Bonjour à tous !! Je termine cette série sur l’histoire des avions de combat dans cet article. Depuis les années 2000, la plupart des appareils de quatrième génération restent en service et sont progressivement améliorés, comme le F-18 Super Hornet. Mais une nouvelle génération émerge, la cinquième, inaugurée par un chasseur d’exception conçu depuis les années 80 : le F-22 de Lockheed Martin.

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Raptors en formation. L’Amérique a pris une bonne décennie d’avance, mais l’avion n’est pas pleinement exploité dans les conflits actuels

Le F-22 est destiné à des combats de supériorité aérienne (missiles air-air) et a été conçu pour être furtif. Il remplace progressivement les F-15 dans leur version intercepteur (pas le Strike Eagle). Son prototype, le YF-22, vole en 1990. Ses deux réacteur Pratt & Whitney F-119 sont dissimulés pour garder une traînée furtive. Tout le revêtement de l’avion est tapi de capteurs passifs, et le système de communication est, au moins jusqu’en 2011, incompatible avec la liaison 16 utilisée par l’OTAN entre ses unités. Le Raptor atteint près de Mach 2.3 en supercroisière, c’est-à-dire sans recourir à la postcombustion. L’USAF reçoit ses premier F-22 en 2003 et ils sont mis en service deux ans plus tard. Ce n’est qu’en 2014 qu’ils participent à leurs premiers combats, en Syrie. Côté pilote, tous les systèmes d’avionique sont centralisés sur une interface à 3 écrans LCD, quand les avions précédents multipliaient les cadrans et fragmentaient l’information. Avec les difficultés du programme F-35, le Raptor est souvent considéré comme le chasseur américain le plus avancé. Il est d’ailleurs interdit à l’exportation par le Congrès.

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Bang supersonique (F-22)

Lockheed Martin F-35 Lightning II : Cet avion est développé à partir de 1996 pour succéder à la fois au F-16, au F-18 et aux avions d’attaque F-15 Strike Eagle et F-117. Il compte donc de nombreuses variantes pour répondre à tous ces besoins, mais son développement s’est montré chaotique et extrêmement coûteux. Le prototype X-35 vole en 2000. C’est un appareil furtif mais surclassé en combat aérien par le Raptor. Il reste un des chasseurs les plus performants ouverts à l’exportation malgré tout, et compte énormément sur l’informatique, le casque du pilote étant équipé de réalité augmentée pour voir à 360° autour de l’appareil. Certains militaires ont annoncé qu’il s’agirait de la dernière génération de chasseurs pilotés. Le président Trump a appuyé le maintien des Super Hornet dans la Navy, mais en 2017 cet avion a déjà été vendu à des alliés des USA comme le Japon et le Royaume-Uni. Vitesse de Mach 1.6, rayon d’action d’environ 1000 km selon les variantes, plafond 18 km.

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Le développement du F-35 implique le Canada, l’Australie et de nombreux pays européens

Le Dassault Rafale : c’est le nouvel avion multirôle de l’armée de l’air française depuis 2001. La marine nationale est récemment passée au tout Rafale, abandonnant les Super Etendards (voir épisodes précédents) sur le porte-avions Charles De Gaulle. Développé dans les années 80, il dispose de la supercroisière à Mach 1.4, d’une version biplace, de plans canard pouvant servir d’aérofreins et une vitesse de pointe de Mach 1.8, ce qui est relativement peu. Cependant c’est un avion très agile, qui dispose d’une furtivité accrue suite à une mise à niveau en 2009. Il embarque un canon de 30 mm et jusqu’à 9.5 tonnes de bombes ou missiles externes. Il connaît son premier engagement en 2007 en Afghanistan. L’Égypte, le Qatar et plus récemment l’Inde ont été clients de Dassault pour cet appareil.

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Le Rafale français tutoie les meilleurs chasseurs 5G, sauf sur le terrain de la furtivité

Eurofighter Typhoon : C’est le projet commun de chasseur entre le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, lancé dans les années 80 et déployé à partir de 2002. C’est un avion multirôles, destiné notamment à l’interception comme en 2012, quand un appareil britannique a intercepté un bombardier Tu-160. C’est un avion delta à plan canard qui pointe à Mach 2, avec environ 1800 km de rayon d’action. Il embarque un canon 27 mm et est compatible avec de très nombreux missiles et pods externes, comme des désignateurs laser. Son radar est doublé d’une imagerie infrarouge. Cependant il est impossible à utiliser sur porte-avions, ce qui a mené le Royaume-Uni à commander également des F-35 pour sa nouvelle classe de porte-avions. Son seul engagement militaire notable est la guerre en Libye de 2011. En 2018, un upgrade devrait lui donner des performances rattrapant celles du Rafale.

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Typhoon italien

Soukhoi T-50, le chasseur russo-indien : les origines du programme remontent à la fin de l’URSS, quand le gouvernement souhaitait remplacer ses différents avions tactiques (le MiG-29 et le Su-27) par un avion polyvalent pouvant à la fois faire de l’interception et de l’attaque au sol. Suite à l’annulation du programme MiG 1.44 avec la chute de l’URSS a commencé le projet PAK FA dans les années 90. Un autre programme fut sacrifié, le Su-47, au profit d’abord d’une modernisation du Su-27. C’est finalement en 2007 que la Russie emboîte le pas aux USA en annonçant le PAK FA ou T-50, l’équivalent du F-22 Raptor. En 2015, la Russie annonçait officiellement avoir commandé 12 appareils seulement pour 2020, à cause du contexte économique. Il sera le premier avion furtif russe opérationnel, bimoteur capable de supercroisière, monoplace, avec un plafond de 20 km. La vitesse de pointe est de Mach 2 (1.6 en supercroisière), et un rayon d’action de 1750 km. Il dispose d’un canon de 30 mm, de deux soutes entre les moteurs plus spacieuses que le Raptor et de deux soutes supplémentaire pour un missile air-air.

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Le T-50 semble pouvoir rattraper l’avance américaine en combat air/air

Chengdu J-20 : Pendant la guerre de Yougoslavie, la Chine observe avec attention l’aviation furtive américaine en action et décide de concevoir son chasseur furtif. La Chengdu aircraft corporation se serait servi entre autres de fragments du F–117 abattu en Serbie. La société est sélectionnée en 2007 et le premier vol d’essai a lieu en 2011. Il semble dériver en partie du projet abandonné de chasseur de MiG (1.44) au profit du T-50. Il utiliserait, dans de futures version, des moteurs WS-15 fabriqués en Chine. Il vient juste d’entrer en service, en mars 2017, dans l’aviation chinoise. Il a des baies d’armement refermables, avec des missiles air-air courte et longue portée. Il atteint Mach 2, dispose de poussée vectorielle et d’empennage incliné pour la maniabilité. Son rayon d’action est de plus de 3000 km.

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Chengdu J-20

Shenyang FC-31 : c’est l’autre chasseur nouvelle génération préparé par la Chine. Il est de plus petite taille que le J-20 et semble destiné à l’usage sur porte-avions. Il a des caractéristiques furtives (soutes internes, matériaux absorbants). Son rayon d’action est estimé à 1250 km, et il embarque une avionique de pointe, notamment dans l’ergonomie de l’affichage du cockpit. Le FC-31 est destiné à l’exportation, en concurrence notamment avec le F-35. Il dispose de 10 emplacement missiles courte ou moyenne portée.

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Shenyang FC-31

Les autres futurs chasseurs dans le monde : de nombreux pays asiatiques préparent aussi leur nouveau chasseur. Dès 2020 sont prévus le HAL MCA indien, un chasseur léger destiné entre autres à la marine, et le chasseur sud-coréen KAI-KF X développé avec l’Indonésie. Il viendra remplacer les chasseurs d’origine américaine en service (F-4, F-5 et à terme le F-16). Les contraintes sur l’export de technologies US ont reporté la mise en service de cinq ans cependant. D’ici 2023, nous devrions aussi entendre parler d’un chasseur de fabrication turque, le TAI TFX, encore en phase de conception et destiné là encore à remplacer le F-16. Le Japon n’est pas en reste puisqu’il prépare son chasseur furtif, le Mitsubishi X-2 (futur F-3), depuis que le Congrès américain a refusé l’exportation du Raptor à l’étranger. Un démonstrateur a volé en 2016. L’avionique emploie des câbles en fibre optique, résistantes aux perturbations électromagnétiques. L’entrée en service, envisagée pour 2027, pourrait bien inaugurer la sixième génération de chasseurs tant l’avion semble prometteur. On parle de 3000 km de rayon d’action, Mach 2.25. Ses moteur sont de fabrication japonaise.

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Les démonstrateurs X-2 serviront de base au F-3

Black projects : Game of Drones

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Le SR-72, le futur maître du ciel ? L’USAF, depuis des années, prépare un avion de renseignement similaire à ce que fut le Blackbird pendant la guerre froide. Nous savons peu de choses à ce sujet, si ce n’est que ça devrait être un drone, pouvant voler à Mach 6 dans les hautes couches de notre atmosphère, qu’il n’est pas prévu en service avant 2030 et que ses réacteur seront de type « ramjet », hypersoniques. Lockheed-Martin annonce qu’un démonstrateur de 1 milliard USD pourrait être construit en 2016, mais dans l’immédiat l’armée a opté pour des drones moins chers et disponibles immédiatement. D’ici à ce que de nouvelles infos filtrent, la rumeur de l’Aurora en encore de beaux jours devant elle.

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Concept non officiel de MiG-41

MiG-41, le futur intercepteur russe : peu d’informations ont filtré sur le MiG-41, remplaçant du MiG-31 qui devrait pouvoir voler à Mach 4 et entrer en service à partir de 2020. Il est possible qu’il soit équipé de statoréacteurs en plus de turboréacteurs, pour un vol efficace à très haute vitesse. L’objectif serait de protéger le territoire russe contre l’intrusion d’avions furtifs, que désormais la Chine développe également. Selon Sputnik News, les MiG-31 resteraient en service jusqu’en 2028 mais l’apparence de leur successeur ultra rapide pourrait être dévoilée d’ici 3 ans.

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X-43

Les X-Planes contemporains : Une fois le programme JSF (le F-35) sur les rails, les X-Planes de ces dernières années se sont orientés vers les drones et les IA volantes. Je me limite ici aux appareils non spatiaux (ce sera un futur article), mais j’inclus les drones étant donné leur importance centrale désormais. Certains appareils sont au croisement entre avion et missile de croisière. Mentionnons d’abord le X-43 de la NASA, qui commence à voler hors simulation en 2001. Au bout de trois ans de tests, le X-43 atteindra la folle vitesse de Mach 9.6 environ, grâce à ses statoréacteurs prenant le relais des moteurs fusées à haute vitesse.

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Un X-47B en mer

Un programme de drones furtifs est initié aux USA au début des années 2000. Le premier appareil est le X-45, mis au point par la DARPA pour le compte de l’US Air Force. Il vole en 2002, et il dérive des études faites sur le Bird of Prey, prototype furtif piloté des années 90. Son armement est en soute et sa configuration est en aile volante. Le programme fut abandonné en 2006 par l’Air Force, laissant la Navy comme cliente de Northrop-Grummann, qui réalisa les deux autres appareils. D’abord le X-47A Pegasus en 2003, au rayon d’action bien plus intéressant (2800 km), reconnaissable à sa forme en pointe de flèche. Puis, surtout, le X-47B en 2011 qui fut le seul à aboutir sur un appareil opérationnel, le nouveau RQ-180. Les porte-avions américains formeront, d’ici 2022, un système complet supervisant des flottes d’appareils de ce type. Les pays européens développent un appareil similaire, le Dassault Neuron.

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X-51 fixé à l’aile d’un B-52

Un des X-Planes les plus récents publiquement connus est le X-51, en test depuis 2010. C’est un drone hypersonique pouvant voler à Mach 6. En 2013, l’armée américaine annonce qu’il donnera naissance à un missile hypersonique, le HSSW (High Speed Strike Weapon) dans les années 2020, l’engin étant embarqué dans un F-35 ou un B-2. Boeing a aussi construit le X-53, un F-18 modifié avec la technologie Active Aeroelastic Wing, autrement dit une voilure souple et des systèmes avioniques inédits.

Northrop-Grummann B-21 Raider : cette aile volante, dévoilée en 2016, correspond à un projet de nouveau bombardier furtif de l’USAF pour 2018. Il semble très inspiré du B-2 Spirit, mais devrait être produit à plus grande échelle. Le moteur sera le Pratt & Withney qui équipe le F-35. Il reste un avion piloté et ne remet pas en question le déploiement des B-2. Peu de caractéristiques sont déjà connues, mais il sera subsonique et mis en service d’ici 2020. Son nom rend hommage à un raid aérien, Doolittle Raid, mené sur Tokyo en 1942.

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B-21 Raider

Tupolev PAK DA : Cet avion sera la réponse russe au bombardier furtif américain B-2 puis B-21. Il serait un dérivé du Tu-160, dont le développement aurait commencé après que l’armée de l’air russe ait exprimé son besoin d’un avion furtif en 2008. En 2013, le design en aile volante est annoncé, de même que le fait qu’il sera subsonique comme ses équivalents américains. Il y a un mois cette année, une maquette à l’échelle a été réalisée, et le premier vol est prévu dans deux ans, pour une entrée en service vers 2025. Comme le B-2 très bientôt, il devrait pouvoir embarquer des missiles hypersoniques. Notons que la Chine aussi développe un bombardier furtif, le H-20, mais il n’y a pas suffisamment d’info fiable pour le moment.

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Plus de détails sur ce mystérieux PAK DA quand de nouvelle infos seront publiées

Voilà, nous en avons fini avec l’histoire des avions de combat, des X-Planes et divers autres projets expérimentaux ! J’ai vite survolé le thème des bombardiers, qui n’étaient pas le sujet principal de ces articles. Cependant, je vous annonce d’ores et déjà que des articles sur la militarisation de l’espace et les drones vont bientôt arriver ici ! Pour ceux que ça intéresse, je vous conseille le site Military Factory pour découvrir les projets d’avions notamment russes, souvent moins médiatisés et documentés que les américains. A bientôt pour de nouvelles surprises !!

Prime

Avions militaires #4 : les technologies de la guerre du Golfe

Dans la dernière partie de la guerre froide, les progrès aéronautique vont s’axer autour de l’informatique et des technologies furtives. C’est l’avènement de la quatrième génération d’avions de combats, qui reste la plus utilisée de nos jours.

Quatrième génération de chasseurs : le marché devient mondial

Cette nouvelle génération de chasseurs est conçue depuis la fin des années 60. Le F-14 Tomcat correspond à un appel d’offre de l’US Navy, que remporta Grumman. Il est souvent considéré comme un des meilleurs avions de combat embarqués, avec un système d’armes très polyvalent, un radar puissant et une grande manœuvrabilité grâce à sa géométrie variable. Il est encore en service dans l’armée de l’air iranienne, qui avant la révolution était cliente des engins américains. Son principal engagement fut en Libye dans les années 1980.

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Un F-14 de la Navy survolant son porte-avions

L’embargo français sur Israël prive son armée de l’air des Mirage. Le pays se lance alors dans la conception d’un chasseur maison,  le IAI Kfir mis en service en 1975. Son réacteur est fabriqué sous licence et conçu par General Electric, ce qui limita les possibilités de l’exporter. Il fut engagé d’abord dans la guerre avec le Liban en 1977.

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Escadron de Kfir

Le F-15 Eagle, intercepteur américain : conçu pendant la guerre du Vietnam pour la supériorité aérienne, notamment en combat tournoyant (dogfight). Il commence à être mis en service dans les escadrons de l’USAF en 1976, après 4 ans de vols de test. Il jouit d’une fiabilité incroyable, presque aucun avion n’ayant été détruit à ce jour. C’est un bimoteur pouvant atteindre près de Mach 2.5, avec près de 2000 km de rayon d’action. En 1986, il est décliné en avion d’attaque au sol, le Strike Eagle, déployé pour la première fois lors de l’opération Desertstorm. Toutes versions confondues, le F-15 s’est exporté en Israël, Arabie Saoudite, Corée du Sud et Singapour.

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F-15 Strike Eagle

Le F-16 Fighting Falcon est conçu à la même époque, pour fournir un nouveau chasseur léger et agile. Le prototype de General Dynamics vole en 1974, et des accords sont conclus dans l’OTAN pour produire le F-16 aussi en Europe. Les livraison arrivent en 1979, et ses premières opération se déroulent dans les forces israéliennes. En 1995, son dérivé japonais, le Mitsubishi F-2, est mis au point pour une mise en service à partir de 2000.

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General Dynamics F-16

Le Dassault Mirage 2000 : conçu à la fin des années 70 en France. Conçu comme monoréacteur pour réduire le coût de l’avion. Il a été exporté vers de nombreux pays dans le monde, comme l’Inde, les Emirats et Taïwan. Il est engagé dans de nombreux conflits depuis les années 1990, et un exemplaire grec parvint à abattre un F-16 turc. Il peut voler à Mach 2.2, avec un plafond de 18 km. En 1988 est mise au point la version 2000N, biplace, doté d’un détecteur de terrain, d’un nouveau radar et destiné à la dissuasion nucléaire avec les missiles air-sol (ASMPA).

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Mirage 2000

L’amélioration des intercepteurs soviétiques continue avec le MiG-31, code OTAN « Foxhound ». C’est un biplace, avec un opérateur radar. Il peut voler à près de Mach 3. Il a des capacités radar exceptionnelles, dues au fait qu’il existe peu de radars au sol dans des zones reculées de Sibérie. Son radar est donc plus autonome, et capable d’engager 4 cibles simultanément. Ses missiles air-air peuvent atteindre des missiles de croisière et même des satellites en basse altitude. Il ne fut jamais exporté, le Kazakhstan en ayant hérité après son indépendance. Sa mise en service en 1981 va enfin rendre le SR-71 obsolète, après des années d’invulnérabilité. Il reste une des armes russes les plus redoutables à l’heure actuelle, d’autant que sa conception le rend résistant à la guerre électronique.

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Dans le même temps, le MiG-29, plus conventionnel, est mis en service en 1983. C’est la réponse au chasseur F-16, destiné à la grande production et au combat aérien. C’est un biréacteur au rayon d’action assez réduit, ce qui le destine d’abord à la défense. Il a été décliné en version biplace et engagé en combat à partir des années 90, dans l’armée yougoslave par exemple. Dans la récente guerre d’Ukraine, des avions de ce type se sont battus entre eux du fait de la guerre civile.

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Le MiG-29 fut modernisé plus tard en MiG-35

Le F-18 est un chasseur multirôle conçu pour l’US Navy, qui vole en 1978. Il est destiné à remplacer les chasseurs moins modernes utilisés par la Navy, mais finit aussi par éclipser le F-14 en 2006, qui avait des problèmes de fiabilité. C’est un biréacteur volant à Mach 1.8 pour un rayon d’action de 2000 km. Le retard et les annulation des programmes de chasseurs plus récents vont mener la Navy à maintenir l’appareil en service encore aujourd’hui, sous une version fortement améliorée, le « Super Hornet ». Ce dernier est doté d’un nouveau radar à antenne active.

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F-18, ailes repliées

Le Su-27, mis en service par l’URSS en 1985, est un biréacteur très manoeuvrable qui vient concurrencer le F-15 pour les pays alignés avec l’Est. Il peut exécuter des figures complexes et dangereuses en vol, et malgré quelques problèmes de jeunesse il fut amélioré en de nombreuses versions, dont le Su-33 destinés à la marine russe. Il est utilisé dans des patrouilles acrobatiques russes, et des avions sous licence sont produits en Chine à partir de 1998 sous le nom de Shenyang J-11. Certains J-11 ont une avionique et une furtivité améliorée par rapport à leur modèle.

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Su-27

La même année, la Royal Air Force britannique met en service le Panavia Tornado, en réponse à la modernisation des bombardiers soviétiques. C’est un intercepteur monoréacteur, dont les ailes sont à géométrie variable. Il emporte un équipage de deux personnes et peut voler jusqu’à Mach 2.2, mais a un rayon d’action assez limité pour un intercepteur. Il emporte jusqu’à 4 missiles air-air du même type, et deux types de missiles différents. Il a été exporté pour l’Arabie Saoudite.

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Panavia Tornado

En 1992, l’armée chinoise met en service l’avion d’attaque JH-7. Il peut emporter jusqu’à 9 tonnes de missiles air-sol et de bombes. Il est déployé par la marine chinoise, entre autres dans des exercices militaires communs avec les russes. Cet avion, dont le développement a été ordonné par Deng Xiaoping, vient répondre à un besoin d’appareil d’attaque moderne qui se faisait sentir depuis des années. La Chine disposerait d’environ 240 appareils (2014).

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Le Saab JAS 39 devient le nouveau chasseur de l’armée de l’air suédoise en 1996. Il est conçu pour pouvoir utiliser des autoroutes comme pistes d’appoint. Son réacteur est proche du F-18. Il utilise aujourd’hui la norme liaison 16 pour la communication entre unités de l’OTAN. Il a été exporté en Europe, en Afrique du Sud, en Thaïlande et au Brésil entre autres.

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JAS 39

Black projects : l’ère de la furtivité

Le projet Have Blue (F-117) : les travaux sur un avion entièrement conçu pour être furtif démarrent en 1975 à l’initiative de la DARPA, qui lance Lockheed sur le projet, portant le nom de code Hopeless Diamond puis Have Blue. Le fuselage est entièrement ciselé pour dévier les ondes radar, et l’instabilité aérodynamique qui en résulte est compensée par des commandes de vol informatisées très pointues. Les démonstrateurs volent en 1977, puis à partir de 1981 un escadron tactique basé au Nevada est associé aux test du F-117. Il est destiné à des missions d’attaque au sol de nuit. Il combine navigation inertielle et GPS, une technologie toute neuve à l’époque, que les États-Unis étaient les seuls à maîtriser.

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F-117 atterrissant

Il était ainsi indépendant des stations radar au sol pour rester silencieux. Les deux réacteurs sont dissimulés dans le fuselage, tout comme les bombes, guidées par laser. Il est déployé à 4 reprises, à Panama en 1989, dans la guerre du Golfe où il devient célèbre, au Kosovo en 1999 où un appareil put être détruit par les Serbes, et enfin en Irak à nouveau en 2003. Il n’est plus en service aujourd’hui. Sa furtivité était exceptionnelle, mais ses médiocres performances de vol l’ont limité à des missions très spécialisées.

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Le cockpit montre la progression de l’informatique et des écrans à bord (F-117)

Le retour des bombardiers stratégiques : Avec l’avènement du missile comme roi de la dissuasion nucléaire, nombre de militaires crurent l’avion stratégique obsolète, du simple fait de sa vitesse, depuis les années 1960. Il faut ajouter que le système antiaérien soviétique se perfectionnait d’année en année, au point que seuls les avions tels que le Blackbird pouvaient s’y aventurer clandestinement. Une nouvelle génération d’appareils est mise à l’étude en 1978 sous l’administration Carter qui suspend le B-1, pourtant à ce jour le seul bombardier stratégique supersonique de l’USAF jamais en service. Pour une furtivité optimale, le B-2 reprend le concept d’aile volante, cette fois conçu par ordinateur. Le B-2 ne concurrence pas le missile sur son terrain qu’est la vitesse, mais mêle missions de dissuasion et renseignement, avec des équipements de guerre électronique.

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Trois générations de bombardiers stratégiques. Quand le B-1B entre en service en 1986, il est déjà surclassé par le futur B-2

En 1982, Northrop fait voler le démonstrateur Tacit Blue pour faire le point sur de nombreuses technologies furtives. L’appareil bat tous les records de coûts, estimé à 2 milliards de dollars l’unité si on compte la R&D et l’entretien ! Il a une signature radar, mais aussi thermique et visuelle minimale. Il est dévoilé au public en 1988, puis accomplit son premier vol dans sa version définitive. Son premier déploiement a lieu en 1997 dans la guerre de Yougoslavie. Il sert ensuite, jusqu’à aujourd’hui, dans les différentes guerres que mène les États-Unis au Moyen-Orient. Il dispose de 11 000 km de rayon d’action, ce qui lui permet de faire un quasi-tour du monde. Il est subsonique, croisant à environ 900 km/h.

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B-2 et deux F-117

Quelques X-Planes :

Grumman X-29 (1984) : démonstrateur à ailes en flèche inversée, volontairement instable afin de tester les progrès des commandes de vol informatisées.

Rockwell X-31 (1990) : cet avion a été fait, première pour un X-Plane, en partenariat avec une firme étrangère, l’allemand MBB. Cet avions d’essais visait à faire progresser la manoeuvrabilité des chasseurs, avec des recherches sur la poussée vectorielle, c’est-à-dire l’orientabilité du jet des turboréacteurs.

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Flèche inversée du X-29

McDonnel Douglas X-36 (1997) : cet avion est en fait resté à l’état de miniature volante, pour le compte de la NASA. C’est un concept de chasseur sans empennage, piloté depuis le sol via un cockpit virtuel.

La grande majorité des avions abordés ici sont toujours en service et ne sont aucunement délaissés par les tactiques employées. En effet, les programmes de dernière génération dépassent souvent les budgets et les délais, et une modernisation d’appareils existants est souvent aussi la règle, comme récemment pour les F-18 de la Navy. La prochaine fois, nous verrons quand même les tout derniers appareils mis au point, ainsi que l’ère des drones qui s’ouvre dans notre nouveau siècle. Bonne soirée ! Je vous laisse en teaser l’image du drone Global Hawk qui annonce le prochain chapitre.

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Avions militaires #3 : autour de la guerre du Vietnam

Troisième génération : le missile comme arme dominante

Nous entrons maintenant dans une époque où pas mal d’appareils évoqués sont encore en service. En avant pour la troisième génération d’avions de chasse ! Côté américain, la réponse au MiG-21 est le McDonnell Douglas F-4 Phantom. La nouvelle nomenclature des chasseurs US est inaugurée à ce moment-là. Le F-4 sera massivement produit et exporté parmi les alliés. Il fut utilisé par les trois corps de l’armée (Army, Navy, Air Force). En raison des défauts des missiles air-air de l’époque, il est révisé en 1965 pour être enfin doté d’un canon 20mm. Son plafond habituel est de 18 km, mais un exemplaire atteignit 30 km. Ces avions assez rudimentaires détruisirent, une journée de 1972, pas moins de 11 MiG au Vietnam. Il est utilisé aussi par l’Iran, et fut produit sous licence par Mitsubishi.

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F-4 Phantom

Le F-5 Freedom Fighter de Northrop est un chasseur léger qui vole pour la première fois en 1959. Le prototype pouvait voler au-delà du mur du son sans postcombustion, mais cette possibilité sera rajoutée. L’appareil vole à Mach 1.6, intègre 2 canons de 20mm et jusqu’à 3 tonnes de charges. Le sud-vietnam allié aux USA l’utilisa, tout comme l’Iran qui, avant la révolution, disposait d’armement américain dans sa lutte contre l’Irak. Ce chasseur léger et agile est en service depuis 53 ans, et est prisé parmi les patrouilles acrobatiques du monde.

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F-5 de la patrouille acrobatique suisse

Le bureau d’études Tupolev, de son côté, fournit à l’armée de l’air soviétique un chasseur lourd, le Tupolev Tu-128. Armée de 4 missiles air-air, il a le record de taille mondial pour un chasseur : 30 mètres ! Parmi ses performances, seul son rayon d’action, plus de 2500 km, sort du lot. Jamais exporté et destiné à intercepter les bombardiers de l’OTAN, il est mis à la retraite dès la fin de la guerre froide.

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Le Tu-128, chasseur géant

Une évolution du Su-9 voit aussi le jour : le Su-15, un intercepteur dont la production est lancée en 1966. C’est un bimoteur en forme de flèche, dépassant Mach 2 et destiné à l’interception. Il est tristement célèbre pour ses attaques sur des vols de Korean Airlines aux environ de l’espace aérien soviétique, en 1978 et 1983.

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Su-15

En Europe, la Suède fabrique en exclusivité le Saab 37 Viggen. L’avion est conçu spécifiquement pour opérer facilement, l’armée de l’air comprenant de nombreux réservistes. Il a un rayon d’action de 2000 km, et en 1968 une commande de 175 exemplaires est faite, avant même que la production commence !

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Saab 37 Viggen, probablement au-dessus de la Suède

Avec l’arrivée d’avions stratégiques de plus en plus rapides, l’URSS met à l’étude un intercepteur qui devra dépasser Mach 3, dotés de missiles air-air parmi les plus performants de l’époque (les R-40). Cela donne le MiG-25, qui vole en 1964 et entre en service six ans plus tard. Des centaines de ces appareils protègeront l’espace soviétique dès lors. Il servira de base à de nombreux intercepteurs russes actuels, et est resté un des seuls avions craints par le SR-71 Blackbird. Son électronique était alors à base de lampes et non de transistors. Cet aspect rudimentaire le rend plus résistant au brouillage électronique.

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MiG-25 décollant pour une mission de nuit

La même année est aussi mis en service le MiG-23, un chasseur à géométrie variable. Il a été engagé lors de l’invasion de l’Afghanistan et dans de nombreuse guerres du Moyen-Orient, notamment par la Syrie. En 1972, le MiG-27, son dérivé pour l’attaque au sol, vole pour la première fois. Il vole à Mach 2.3, et a été conçu pour décoller et atterrir sur des aérodromes petits et peu équipés. En Asie, il est utilisé par la Corée du Nord et le Vietnam, rivaux militaires de la Chine qui, certes, fabrique ses propres chasseurs sous licence, mais a déjà un train de retard sur les derniers modèles importés d’URSS.

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MiG-23 de la flotte syrienne

Citons enfin deux avions portant le même nom, mais n’ayant rien à voir ! D’abord le Mirage F1 de Dassault en France, qui fait son baptême de l’air en 1966 et reste aujourd’hui partie prenante des guerres menées dans le monde. Il a été vendu à la Libye, l’Afrique du Sud, l’Irak et certains pays européens. Il dispose de deux canons 30mm en interne et porte jusqu’à 6 tonnes de modules de charges. Au Japon, le premier avion de combat fait maison depuis la défaite de 1945 est mis en service, le Mitsubishi F-1 aux caractéristiques assez modeste mais avec près de 3000 km de rayon d’action. Il est mis à la retraite en 2006 par les forces d’autodéfense.

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Mirage F1 en vol en montagne

Black projects : la recherche de la sécurité stratégique

Lockheed A-12 : le programme audacieux du U-2, l’avion espion des années 50, a bien des défauts : l’appareil est peu rapide, très difficile à manoeuvrer, et le crash de 1960 a incité la CIA à le compléter rapidement avec un nouvel avion. Ce dernier devra combiner vitesse extrême et altitude élevée pour être impossible à repérer ou, le cas échéant, à intercepter. Les recherches commencent au moins dès 1959 à Groom Lake, Nevada. Le A-12, destiné à la CIA, vole en 1962. Il est monoplace, et capable d’emporter un drone de reconnaissance D-21 capable d’une vitesse similaire à son porteur : Mach 3.

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Vue d’artiste du A-12

Le A-12 avait des performances exceptionnelles pour l’époque, et l’USAF fut tentée d’en faire un intercepteur. Mais c’est finalement une développement en pur avion de renseignement qui est choisi : le SR-71 Blackbird. Ses performances feraient presque croire à un appareil alien : 4800 km de rayon d’action à Mach 3, plus de 3 500 km/h, un plafond de 26 km. Il embarquait deux systèmes de radar distincts dont un cartographique, un appareil photo de pointe dans son nez, une seconde caméra thermique et un capteur d’émissions électromagnétique. Ce laboratoire d’espionnage embarqué était géré par un second opérateur pour soulager le pilote. Il garde à ce jour le record de l’avion habité le plus rapide jamais déployé en service (non expérimental). Le dernier vol pour l’Air Force eut lieu en 1995, et il ne fut réemployé que par la NASA en 1999. Cet avion est la vedette de la récente B.D. « les oiseaux noirs ».

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Blackbird et son drone D-21

Parmi les X-Planes, on assiste au perfectionnement des ADAV hybrides avions/hélicoptères avec le Curtiss-Wright X-19 et surtout le Bell X-22 et ses 4 rotors carénés qui ne seront pas repris sur un appareil de série.

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Bell X-22

Northrop modifie le bombardier B-66 pour créer le X-21, qui vole en 1963. L’appareil est converti en avion de reconnaissance, avec un système d’aspiration de la couche limite sensée diminuer la consommation de carburant et augmenter le rayon d’action. Ces vols sont supervisés par la NASA, à partir notamment de la base Edwards.

Schweizer met au point le X-26 Frigate en 1967, un planeur d’entraînement devant entraîner les nouveaux pilotes à la reconnaissance en basse altitude. La Navy en utilise toujours aujourd’hui, et ce motoplaneur à hélice a donné naissance à un avion similaire opérationnel pour l’US Army, le YO-34A de Lockheed.

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X-26

A la fin des années 60, à l’initiative de Nixon, le programme de la navette spatiale est lancé et des recherches conjointes entre NASA et USAF aboutissent en 1969 à X-24A de Martin (qui fusionnera plus tard avec Lockheed). Son corps portant lui permet de se passer de larges ailes et d’atterrir moteurs éteints, tel un planeur. Cette idée est retenu pour la future navette, et cette forme d’avion sera reprise dans l’actuel avion spatial Dream Chaser. 4 ans plus tard, dans le même programme PILOT, c’est le X-24B qui vole à Edwards. C’est un avion-fusée à corps portant, servant lui aussi de simulateur d’atterrissage de navette.

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X-24B en vol d’essai

Le X-28, destiné à la Navy, est un « bateau volant » pouvant décoller en pleine mer. Ses performances très modestes le destinaient à une fonction de garde-côtes. Il est commandé par la Navy en 1971.

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Le X-28 amphibie

En URSS, un prototype d’intercepteur, le Ye-8 de MiG, vole en 1962. Il vole à près de Mach 2. Les essais prennent fin l’année même suite à un accident. Plus intéressant, le Yakovlev Yak-36 qui, l’année suivante, montre que les russes savent faire des chasseurs à décollage vertical. Les performances sont cependant très médiocres, ce démonstrateur est subsonique, et surtout a un rayon d’action très réduit. Le Bartini Beriev VVA 14, mis au point en 1972 par un ingénieur italien, est un avion anti-sous-marins qui a vocation à détruire notamment les navires de classe Polaris américains. Fait notable en URSS, l’appareil est fortement informatisé pour l’époque, à cause du système d’armes. Il a une vitesse de croisière de 640 km/h, et resta en service jusqu’en 1987.

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Le VVA 14 montre que la spécialisation des appareils va très loin

Soukhoi T-4 : c’est un projet de bombardier stratégique supersonique, 13 ans après la tentative du M-50. Son nez basculant le fait ressembler au Concorde. En réaction au Valkyrie américain notamment, il pouvait atteindre Mach et affichait 6000 km de rayon d’action. Le long de son développement, le T-4 est à la pointe des techniques industrielles : usinage du titane, avionique avancée… Il emportait trois missiles à capacité nucléaire, les Kh-45, qui frôlaient Mach 7 avec plus de 500 km de portée. Des évolutions (aile volante à géométrie variable) furent proposée par Soukhoi, mais le gouvernement mit fin au programme en 1975.

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Le T-4, cousin énervé du Concorde

Nous voilà arrivés au milieu des années 1970, avec une Amérique qui va toujours plus loin dans la reconnaissance, et des russes qui excellent dans l’interception. Les outsiders, en Europe notamment (France, Suède, RU) ont déjà un savoir-faire également, mais la Chine n’est pas encore vraiment sur la scène de l’innovation. Dans la prochaine partie, l’histoire des avions de combat jusqu’en 2000 ! 🙂 A +,

Prime

Avions militaires #2 : la conquête de la vitesse et l’espionnage

Bonsoir Internet ! Ce soir je continue l’histoire des avions de combat en reprenant là où j’avais arrêté, au début des années 1950, pour aller jusqu’à la guerre du Vietnam. De nombreuses choses changent en une dizaine d’années, à toutes les échelles.

Deuxième génération d’avions de chasse : le supersonique se généralise rapidement

Aux Etats-Unis, c’est le F-100 Super Sabre de North American qui, en 1954, arrive avec un moteur à post-combustion de Pratt & Whitney, et armé de 4 canons. Ses problèmes de conception limitent son déploiement et dès la fin de la décennie, on ne le retrouve qu’à la garde nationale et parmi les alliés de l’OTAN. Il fut par contre déployé au Vietnam. Il a des performances similaires au F-8, déployé en 1957 sur les porte-avions de la Navy. Il vole à Mach 1.3, pour près de 1000 km de rayon d’action.

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Des Super Sabre en formation au Vietnam

Son rival soviétique, c’est le MiG-19. Mis en service en 1955, c’est un bimoteur à ailes en flèches, même si cette configuration va être de plus en plus délaissée au profit de la voilure delta encore utilisée de nos jours. Il est fabriqué sous licence par la Chine dans les années suivantes sous le nom de Shanyang J-6, qui vole en 1958. Une version « PM » (nom de code OTAN) embarque des missiles air-air à la place des canons. Combinés aux radars miniaturisés et désormais embarqués dans les avions, ils vont changer la donne du combat aérien. Cet avion a interceptés quelques appareils en URSS, mais a surtout servi dans des conflits impliqués des alliés plus ou moins proches de Moscou dans des guerres au Vietnam, Proche-Orient ou en Afrique.

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MiG-19

C’est l’époque des Century Series Fighters aux USA, qui correspond à une nomenclature des avions. On y trouve l’intercepteur Convair F-102, déployé pour escorter les B-52 au Vietnam, ou le McDonnell F-101, qui vole à Mach 1.7 (1800 km/h environ). On note aussi le Lockheed F-104, un intercepteur pas très fiable mais qui servit à l’entraînement d’astronautes.

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F-101 « Voodoo »

En France, le Dassault Super Mystère B2 est le premier chasseur supersonique européen à être industrialisé. Il est déployé en Algérie, puis dans les guerre menées par Israël dans les années 60-70. A la fin des années 50, des chasseurs sont déjà déployés sur des porte-avions, mais il s’agit généralement d’appareils d’entraînement. Le Royaume-Uni réalise aussi un chasseur aux performances impressionnantes (Mach 2.2, 1200 km de rayon d’action), le Lightning.

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Dassault Super Mystère

Mais celui qui sera la vedette des pays de l’Est dans les décennies à venir, puisqu’il sera massivement produit, c’est le MiG-21. Il fait ses vols d’essai à la fin des années 50, et rejoint les forces aériennes soviétiques en 1960. Il vole à Mach 2 et dispose d’une autonomie de 1500 km. Avare en électronique (et apprécié pour cela !), il n’emporte qu’un canon 23mm et deux missiles air-air. Sa voilure centrée, de haut, lui donne un air de fléchette. Il devient un des symboles du Pacte de Varsovie.

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Une petite ballade en MiG-21, camarades ?

X-Planes et black projects : dignes de James Bond !

En 1955, deux X-Planes voient le jour : le Bell X-2, premier appareil à franchir Mach 3, et le Ryan X-13, qui expérimente le décollage et l’atterrissage vertical. Il est rapidement abandonné, le décollage vertical sans boosters affectant les performances. Le X-2 mobilise pour la première fois, lors de son développement, la simulation informatique pour des données aérodynamiques. C’est un avion fusée pouvant voler à l’altitude faramineuse de 38 km, mais le programme est stoppé suite à un crash de l’avion en 1956.

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X-2 porté en altitude par un B-50

Les essais sur les avions fusées reprennent trois ans plus tard avec le North American X-15, dont les essais dureront près de dix ans. Le pilote Joseph Albert Walker atteint 105 kilomètres d’altitude à bord de l’un d’eux, ce qui fait du X-15, théoriquement, un avion spatial vingt ans avant la navette ! Il réussit à atteindre Mach 6.7 en 1967, avec William J. Knight comme pilote, à l’Edwards Air Force Base en Californie. C’est le premier avion hypersonique, c’est à dire pouvant dépasser Mach 5. Les performances de cet avion sont si étonnantes pour l’époque qu’il alimentera les rumeurs de son évolution en un hypothétique avion Aurora. L’enquête reste à mener sur ce point, et le X-15 ne sera déployé sur aucun théâtre d’opération.

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Photo du X-15 (NASA)

On note aussi le Bell X-14 (1957), à décollage et atterrissage vertical à l’aide de tuyères orientables. Il restera utilisé dans les années suivantes par la NASA, en raison notamment de ses commandes ressemblant à celles de la capsule Apollo. Il devient aussi un démonstrateur pour systèmes embarqués destinés aux ADAV (avions à décollage vertical). Le Hiller X-18, qui vole deux ans plus tard, profite de ces avancées et inaugure les ADAV à voilure basculante, qui combinent les avantages d’un avion et d’un hélicoptère.

L’avion espion U-2 : C’est sûrement l’appareil le plus étonnant de l’époque, avec le X-15. Ce planeur développé par Lockheed n’a qu’une seule mission : violer en toute discrétion l’espace aérien soviétique, depuis lequel il prend des photographies du sol. Il effectue son premier vol en 1955, dans la célèbre base de Groom Lake, surnommée Zone 51. Il peut voler à 21 km d’altitude, à vitesse subsonique (821 km/h) mais avec un rayon d’action de 5600 km permettant des missions au long cours démarrant loin des regards et l’objectif visé. Il n’embarque aucun armement : c’est un pur appareil de renseignement, opéré par la CIA et non par l’USAF. A l’époque, les soviétiques viennent de mettre au point le missile intercontinental, et cet avion doit trouver les sites industriel qui y sont liés à une époque où il n’existe pas encore de satellites espions. En 1960, un U-2 est abattu par un missile sol-air, mais son pilote réussit à s’éjecter, puis fut fait prisonnier. Deux ans plus tard, c’est grâce au U-2 que la CIA trouve des sites de missiles soviétiques à Cuba. Le U-2 est très difficile à manœuvrer à cause de la fourchette entre la vitesse de décrochage et de pointe était très réduite. Certains U-2 ont été fournis à Taïwan pour des missions en Chine populaire et en Corée du Nord. En 1981, l’électronique de l’avion est remise à niveau. Le U-2 devrait rester en service jusqu’en 2019, et apparaît notamment dans Call of Duty Black Ops.

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Les larges ailes du U-2, atterrissage

Côté soviétique, on a le Lavochkin La-250, un intercepteur dont le cahier des charges est : 20 km de plafond, 500 km de rayon d’action et une vitesse de près de Mach 1.2. Ses essais à partir de 1956 furent des échecs, en attendant la percée que feront les intercepteurs russes dans les années 60 avec le Tu-28. Une percée dans l’équipement radar embarqué est aussi tentée avec le Sukhoi P-1, sans succès.

Le Myasishchev M-50, qui vole en 1959, est le premier bombardier stratégique supersonique ! Ce quadrimoteur vole à près de 2000 km/h, affole la presse américaine mais ne dépassa jamais le stade expérimental, à cause de la priorité accordée aux missile et au programme spatial. Heureusement pour le B-52, son rival américain qui n’est que subsonique… Et toujours en service aujourd’hui !

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Bombardier M-50

Les années 50 sont une période unique d’avancées folles dans l’aéronautique. Les décennies suivantes seront faites d’évolutions plus progressives, la priorité étant accordée au spatial. Les chasseurs supersoniques se sont généralisés, les communications radar se perfectionnent et surtout, le renseignement devient le nerf absolu de la guerre, plus encore que la vitesse. Au prochain épisode, le rôle des différents avions au Vietnam notamment ! Je fais mon possible pour rendre cette histoire des avions toujours plus vivante et en lien avec le contexte stratégique.

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